Patrick Deschamps

Le gouvernement de Philippe Couillard a présenté mardi sa Politique de mobilité durable, qui prévoit l’injection de 2,9G$ supplémentaires d’ici 2023 pour améliorer les déplacements portant le total des investissements à 9,7G$.

La politique comprend dix cibles à atteindre d’ici 2030. Il s’agit notamment de réduire de 20% le temps de déplacement vers le travail, de diminuer de 25% le nombre d’accidents graves et de diminuer de 20% les dépenses des ménages liées au transport.

«La mobilité durable, ce sont des modes de transports plus verts, plus fiables, mieux connectés entre eux et accessibles pour tous les Québécois. Pensez aux personnes à mobilité réduite, aux personnes à faible revenu, aux citoyens des villes, mais aussi à ceux en milieu rural qui doivent avoir plus de choix pour que l’auto-solo ne soit plus l’unique option», a déclaré le ministre des Transports, André Fortin.

Concrètement, l’enveloppe annuelle dédiée à l’amélioration du transport en commun sera quasiment doublée pour augmenter l’offre de service de 5% par an et favoriser le développement de liaisons entre régions. En outre, 52M$ sur 5 ans sont aussi prévus pour pousser les municipalités à adopter des plans de mobilité qui soient intégrés à leurs schémas d’aménagement. Québec souhaite ainsi que le déploiement d’un nouveau quartier ou la reconstruction d’une artère incluent automatiquement des aménagements pour faciliter la marche et le vélo.

Par contre, la politique ne prévoit aucune mesure pour décourager l’utilisation de l’auto. «On ne va pas rallier la population si on met des mesures contraignantes», a répondu le premier ministre Philippe Couillard.

L’annonce a été globalement bien reçue. «C’est un bon plan , mais encore faut-il s’assurer qu’il soit réalisé», a souligné Steven Guilbeault, cofondateur d’Équiterre. Ce dernier adhère au fait qu’«il faut améliorer l’offre de transport avant d’envisager la coercition». Par coercition, il pense notamment à des malus pour la possession de véhicules énergivores, sauf pour les métiers pour lesquels ils sont nécessaires.

Même son de cloche chez Alliance Transit, qui milite pour l’essor du transport collectif. «On assiste à un sérieux rééquilibrage en faveur du transport en commun», s’est félicité Philippe Cousineau Morin, porte-parole de l’organisation. Ce dernier a noté avec satisfaction les sommes prévues pour développer l’autopartage et l’intégration des véhicules autonomes. Il croit toutefois que la deuxième phase de la politique devra se pencher sur la tarification de l’usage des autoroutes.

Les municipalités étaient aussi satisfaites. «Montréal sera au rendez-vous avec la ligne rose et d’autres projets. On est content de voir qu’il y aura un suivi annuel qui sera fait. Maintenant, il faut que le financement des investissements et des opérations soit négocié [entre Québec et les municipalités]», a lancé Éric Alan Caldwell, l’élu responsable des transports à la Ville de Montréal.

Un message similaire à celui d’Alexandre Cusson, président de l’Union des municipalités du Québec. «Le ministère des Transports a-t-il les capacités de mener à bien tous ces projets, sachant que le Québec est bon dernier parmi les provinces pour le taux de réalisation dans le cadre du fonds fédéral pour le développement du transport en commun? Il y a un problème de bureaucratie à régler au niveau administratif et au niveau politique», a soulevé M. Cusson.

La Coalition avenir Québec souligne que le plan d’action présenté mardi propose peu de nouveautés. «Les Libéraux sont devenus maitres dans l’art de recycler les engagements», a mentionné l’élu de l’opposition responsable des transports Benoit Charette. Le Parti québécois
parle quant à lui de «show de boucane».

Pour Vélo Québec, les sommes annoncées mardi sont insuffisantes. «En proposant 125M$ sur cinq ans pour les transports actifs, le Québec fait encore pâle figure par rapport à l’Ontario, qui a annoncé 93 M$ pour la seule année 2017-2018», a souligné dans un communiqué de presse, la présidente-directrice générale de l’organisme, Suzanne Lareau. Elle a déploré que seulement 1% des 9,7G$ dédiés au Plan de mobilité durable aille au vélo, alors que le tiers des citoyens sont susceptibles d’aller travailler à bicyclette, car ils habitent à moins de cinq kilomètres de leur lieu de travail.

 

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