Josie Desmarais/Métro

Est-ce que les technologies faciliteront la mobilité? Ou apporteront-elles leur lot de problèmes? Aucune technologie n’entraînera un miracle et la solution se trouve dans une offre diversifiée, croit la titulaire de la Chaire Mobilité de Polytechnique Montréal, Catherine Morency. Métro lui a parlé hier, peu avant la présentation de recherches menées à l’école de génie, dans le cadre d’un rendez-vous sur la mobilité à la Grande Bibliothèque.

Sans essence
Selon un sondage dont le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) a dévoilé les résultats hier, 86% des Québécois veulent plus de véhicules électriques.

«C’est quelque chose qui nous a interpellés, l’engouement des Québécois pour la voiture électrique. C’est une solution de rechange à la voiture personnelle et c’est plus écologique», souligne Ingrid Peigner, qui a préparé l’étude de cas du CIRANO.

Or, Catherine Morency met en garde contre cette solution souvent vue comme miracle. «À cause de la construction, un véhicule électrique est plus dommageable qu’un véhicule à essence s’il n’est pas beaucoup utilisé. Ça coûte cher à construire et ça exige des métaux rares», explique-t-elle.

Bien que cela ait un impact environnemental positif, Mme Morency croit que les véhicules électriques conviennent «davantage à des flottes qui circulent beaucoup» qu’à un particulier. «Mais ce n’est assurément pas une solution. Ça occupe de l’espace et ça ne règle en rien la congestion. Ça peut même l’exacerber en faisant croire aux gens qu’ils circulent avec un mode vert», avance-t-elle.

Sans chauffeur
Certaines personnes imaginent des déplacements entièrement robotisés dans un avenir rapproché. Pour l’instant, toutefois, les véhicules autonomes sont davantage axés sur le marché haut de gamme, alors que, pour être une solution, ils doivent être partagés, croit Catherine Morency.

«Ce qu’on entend, c’est qu’on va avoir des véhicules autonomes, électriques et partagés. Le mot “partagé” est essentiel. Si ceux qui ont un véhicule privé le conservent, qu’il soit électrique ou autonome, et si les comportements demeurent identiques, ça n’aura pas changé grand-chose»,
rappelle la chercheuse.

«Même si les véhicules se parlent, il y a peu d’impact en situation de forte congestion si le réseau est saturé.» – Catherine Morency, titulaire de la Chaire Mobilité de Polytechnique Montréal

Environ 37% des Québécois sont ouverts à l’idée de véhicules autonomes, révèle le CIRANO. Toutefois, plusieurs ont encore des inquiétudes quant à l’intelligence artificielle. «Ceux qui sont frileux vis-à-vis des véhicules autonomes sont préoccupés par l’intelligence artificielle et les risques liés aux nouvelles technologies», témoigne Mme Peigner.

On est donc loin d’une ouverture généralisée à un mode partagé, même si 72% des Québécois souhaitent davantage de services d’autopartage­.

L’importance de la perception du temps
Si aucune recherche ne démontre clairement que les applications mobiles de déplacement aident à gagner du temps, Catherine Morency explique qu’elles «changent la perception du temps».

«En recherche, on travaille toujours en termes de temps perçu quand on modélise le choix de quelqu’un. Une personne qui conduit en condition de congestion a l’impression que son déplacement est plus long qu’il l’est vraiment. Même chose avec les correspondances en transport en commun», explique-t-elle.

La connaissance des informations en temps réel permet donc aux usagers de ne pas surestimer leur temps d’attente. «On ne se présente pas aléatoirement à l’arrêt. Le trajet est moins pénible et l’attrait du transport en commun augmente, poursuit la professeure. Ça ne veut pas dire que le trajet est plus rapide, mais ça enlève l’incertitude.»

«Entre les valeurs et les actions»
Le recours à la voiture solo est bien ancré, témoigne le sondage du CIRANO. Si 83% des Québécois veulent plus de transports en commun, seuls 29% disent y recourir plutôt qu’à la voiture. «Souvent, les gens sont pour la vertu, rappelle Ingrid Peigner. La dichotomie entre les valeurs et l’action s’illustre bien ici.»

Selon le CIRANO, 77% des Québécois appuient le Réseau électrique métropolitain, tandis que 71% sont en faveur de la ligne rose proposée par la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

«Souvent, ce qui rebute les gens est que le transport en commun n’est pas adapté à leurs besoins.» – Ingrid Peigner, chercheuse au CIRANO

Selon Catherine Morency, ces projets structurants sont la clé d’une meilleure mobilité puisque «c’est le mode qui transporte le plus de gens».

«Cependant, il est nécessaire de proposer des solutions intéressantes. Pour accéder à une gare de train, il faut que la distance de marche soit acceptable, sinon il faut financer un stationnement», souligne-t-elle.

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