Josie Desmarais

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) somme le ministère de l’Éducation d’«assumer un leadership plus rigoureux» dans le soutien des élèves en difficulté, qui représentent un cinquième des étudiants québécois.

Ce cri d’alarme a été lancé par la commission mercredi alors qu’elle rendait publics les résultats d’une étude systémique sur les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA). Menée auprès de cinq commissions scolaires de 2015 à 2017, cette analyse se base entre autres sur les témoignages de près de 150 acteurs du réseau scolaire.

«Il y a 20 ans, la Loi sur l’instruction publique et la Politique de l’adaptation scolaire ont été des éléments marquants, a rappelé le président par intérim de la CDPDJ, Philippe-André Tessier. Les outils sont là, il y a un plan d’intervention, mais il faut aller plus loin que ça. Ça passe par une approche individualisée.»

L’étude prend en compte des données allant de 2001 à 2016, et fait état d’un «essoufflement généralisé du personnel des commissions scolaires» dans l’appui fourni à cette portion de la population scolaire. Deux élèves HDAA sur cinq n’obtiennent pas de diplôme d’études secondaires.

On compte environ 200 000 élèves HDAA dans la province actuellement. «C’est un nombre qui a doublé au cours des vingt dernières années», a fait remarquer M. Tessier.

Appel au gouvernement
Dans le document de la commission, un total de 22 recommandations sont soumises au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et aux commissions scolaires. Si certaines proposent des mesures financières pour venir en aide aux élèves HDAA, certaines autres prennent une approche plus qualitative.

L’une des recommandations, particulièrement soulignée par M. Tessier, propose l’établissement par le gouvernement d’un seuil de ressources spécialisées dans les commissions scolaires.

«Un examen doit être fait dans chacune des commissions scolaires pour définir le seuil nécessaire qui peut garantir des services à l’ensemble des élèves, a lancé le chercheur Daniel Ducharme, qui a dirigé l’étude. On ne parle pas juste d’assurer le diagnostic. Ce n’est pas suffisant. Il doit y avoir un suivi.»

Questionnés à savoir si de l’argent devrait être débloqué pour répondre aux recommandations, les acteurs présents ont avoué que ce n’était pas la seule solution envisageable.

«Il n’y a pas nécessairement de manque financier, même si ça peut être un élément important, a affirmé la chercheuse Johanne Magloire. C’est vraiment dans l’application des politiques et des encadrements légaux que des changements doivent être effectués.»

Des outils déjà en place pourraient être ravivés et permettre d’éviter l’investissement de sommes d’argent vertigineuses, selon M. Ducharme.

«Il y a une entente qui existe entre les ministères de l’Éducation et de la Santé, a-t-il observé. Ils arrivent au même constat: qu’on a de la difficulté à faire fonctionner ces deux réseaux ensemble pour venir en aide aux élèves handicapés. Dans la mise en application de cette entente, les arrimages sont difficiles.»

Mme Magloire a ajouté que l’approche actuelle est trop souvent «administrative», alors qu’elle devrait évaluer les besoins propres à la clientèle.

En attente d’une réponse
M. Tessier est certain que le gouvernement et les commissions scolaires ne fermeront pas les yeux devant les conclusions et les recommandations de ce rapport. «Le ministère a collaboré à notre étude, et nous a fourni les données, a-t-il souligné. Personne ici n’a tenté de se mettre la tête dans le sable. Ils sont à la recherche de solutions et de balises.»

«Nous souhaitons que cette étude donne une impulsion à l’ensemble des acteurs pour qu’ils réfléchissent à leurs façons de faire», a-t-il ajouté.

Interrogé sur le rapport à Québec, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, s’est dit en accord avec plusieurs des recommandations émises et il a énuméré plusieurs mesures de son ministère qui répondent, selon lui, aux demandes du CDPDJ.

«L’étude de cas date de 2016, a-t-il dit. Depuis ce temps-là, des choses ont changé. Ce que dit ce rapport est en lien avec ce que nous faisons et en lien avec ce que nous voulons faire.»

Le ministère s’efforce d’augmenter le taux de diplomation des élèves HDAA, a martelé M. Proulx. «Un taux comme celui-là, ce n’est pas suffisant et pas acceptable, a-t-il précisé. Il faut davantage de services dirigés vers ces jeunes et il faut revoir la question de l’évaluation et de l’adaptation scolaire.»

 

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