Jean-Vincent Verville / La Presse Canadienne Alexandre Bissonnette.

QUÉBEC — La Couronne a officiellement réclamé, mardi, une peine de 150 ans d’incarcération pour le tireur de la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette.

Les avocats de Bissonnette soutiennent plutôt qu’il devrait être admissible à une libération conditionnelle après avoir passé 25 ans derrière les barreaux.

L’homme de 28 ans a été reconnu coupable en mars d’avoir tué six membres de la communauté musulmane de Québec en janvier 2017, et d’avoir fait plusieurs blessés. Il devrait connaître sa peine en septembre.

Mardi, lors des observations sur la peine, le procureur de la Couronne, Thomas Jacques, a qualifié les crimes «d’ignobles», de «répugnants», et d’une gravité «sans précédent».

Il a demandé au juge François Huot, de la Cour supérieure, d’imposer au meurtrier un châtiment «à la hauteur de la réprobation sociale».

«Il n’est pas ici question de vengeance, mais de juste dû», a-t-il déclaré. La peine doit être proportionnelle à la gravité du crime et au degré de responsabilité morale du délinquant, a-t-il soutenu.

Alors qu’il brossait le portrait d’un jeune homme habité par la haine et les préjugés raciaux, et qu’il rappelait la chronologie des événements, des femmes dans la salle se sont mises à pleurer doucement, tandis que Bissonnette sanglotait et se prenait la tête dans les mains. Il a plusieurs fois regardé ses parents, assis près du box des accusés.

Dès 2015, Bissonnette a fomenté un projet de tuerie de masse, selon la poursuite. L’année suivante, il choisissait sa cible, soit la grande mosquée de Québec. «Cet endroit n’est pas banal, a insisté Me Jacques. Il s’agit d’un lieu de culte, d’un lieu saint, d’un lieu sacré.»

Non seulement la tuerie a été préméditée, mais le tueur était déterminé, agissant méthodiquement, avec cruauté, s’acharnant sur ses victimes, et souriant à deux d’entre elles «pour leur donner un brin d’espoir» avant de les exécuter froidement.

En aucun moment Alexandre Bissonnette ne s’est préoccupé de la présence d’enfants à la mosquée. «Il a fait déferler sa haine et sa rage dans le but de se glorifier», a résumé le procureur de la Couronne.

Au-delà des blessures physiques et psychologiques, c’est une communauté, une ville, une province, un pays qui ont été blessés et qui conserveront une cicatrice, a-t-il plaidé.

Si le juge venait à se ranger à ses arguments, il s’agirait de la peine la plus sévère jamais imposée au Canada.

Le magistrat doit maintenant décider si les parties devront faire le débat sur la constitutionnalité de l’article 745.51 du Code criminel permettant le cumul des peines. Cet article a été utilisé à 17 reprises depuis 2011.

Une «situation unique», dit le juge

Plus tôt, les deux avocats de Bissonnette ont justement plaidé que son cas ne ressemble aucunement à ceux, dans le passé, pour lesquels des peines consécutives ont été imposées.

Par exemple, ont-ils illustré, il y a eu une affaire de cannibalisme d’un enfant de deux ans, des meurtres crapuleux de femmes parce qu’elles étaient femmes, le meurtre par arme blanche d’une femme qui s’apprêtait à se séparer de son mari, et de ses parents. La femme a été poignardée 37 fois.

Il y a aussi eu le cas de cet homme de Moncton qui a tendu des embuscades et abattu trois gendarmes de la GRC en 2014. Le juge avait imposé une peine de 75 ans pour les trois meurtres prémédités. Il avait noté que l’accusé n’avait pas manifesté de remords.

«Ce sont des crimes particulièrement odieux, affreux et commis dans des intervalles relativement longs, sur plusieurs jours», a souligné Me Jean-Claude Gingras.

Bissonnette, lui, a admis son crime, s’est rendu aux policiers, et a toujours collaboré avec les autorités, ont plaidé les avocats de la défense. C’est un jeune homme malade, mais «réhabilitable», qui a maintes fois démontré des remords et de la honte, ont-ils indiqué, en rappelant que selon des experts, Bissonnette représente un risque de récidive faible à modéré.

Une peine consécutive dans le cas de Bissonnette «annihilerait» ses chances de réhabilitation et le priverait «carrément» d’espoir, a soutenu Me Charles-Olivier Gosselin.

«En revanche, est intervenu le juge Huot, il s’agit à ma connaissance d’une situation unique. Cinquante ou 52 victimes ont été ciblées en raison de leur appartenance à un groupe particulier.

«C’est assez difficile d’essayer de classifier un échelon de degrés lorsqu’on compare une situation d’horreur à une autre situation d’horreur. (…) Ça peut devenir vain», a-t-il laissé tomber.

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