QUÉBEC – Le ministre de l’Environnement Daniel Breton a déclaré jeudi qu’il demandera au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) de se pencher sur les impacts de la filière de l’uranium.

M. Breton a affirmé que cette décision forcera la société minière Ressources Strateco à attendre avant d’amorcer ses activités d’exploration dans les monts Otish, au nord de Chibougamau.

La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a donné son aval à Strateco, mercredi, pour que l’entreprise entame des activités d’exploration souterraine au site Matoush, une autorisation toutefois assortie de conditions.

Mais en se rendant au conseil des ministres, M. Breton a indiqué que les autorités québécoises ont des évaluations supplémentaires à effectuer.

«Nous ce qu’on a dit, c’est qu’avant de se lancer dans l’exploration d’uranium, il va falloir que ça passe par un processus environnemental, a-t-il dit. Ce n’est pas parce que la CCSN a donné son accord, puisqu’elle donne toujours son accord à tous les projets liés au nucléaire et à l’uranium, que nous autres on va dire oui.»

Questionné sur les éléments qui lui permettraient de trancher sur la faisabilité du projet Matoush, M. Breton a répondu: «un BAPE sur l’uranium».

«Je veux m’informer plus avant de me prononcer là-dessus», a-t-il ajouté.

Le cabinet de M. Breton a indiqué que le mandat n’a pas encore été formellement donné au BAPE pour qu’il se penche sur l’ensemble du secteur de l’uranium, comme l’organisme l’a déjà fait dans le passé pour l’industrie porcine ou la gestion de l’eau.

La porte-parole du ministre, Danielle Rioux, n’a pas été en mesure de préciser si ce processus entraînera un moratoire sur l’exploration et l’exploitation de l’uranium.

Les Cris sont contre le projet au site Matoush, considérant qu’il présente un danger potentiel pour l’environnement et la population.

Le grand chef de la Nation crie de la Baie-James, Matthew Coon Come, a réclamé un moratoire permanent sur l’exploitation de l’uranium dans sa région.

En 2009, le Parti québécois, alors dans l’opposition, avait demandé un moratoire sur l’exploration et l’exploitation de l’uranium.

La première ministre Pauline Marois a cependant nuancé cette position, durant la dernière campagne électorale. Mme Marois avait alors indiqué que les activités d’exploration et d’exploitation d’uranium pourraient être envisagées à certaines conditions.

Un porte-parole de Strateco, Denis Boucher, a exprimé sa surprise face aux propos de M. Breton. M. Boucher a expliqué que le projet Matoush n’est pas assujetti au BAPE, puisqu’il se situe au-delà du 49e parallèle, mais plutôt au Comité d’examen (COMEX) qui a la responsabilité du territoire visé par la Convention de la Baie James.

«Pour qu’il y ait un BAPE sur le projet Matoush, il faudrait modifier la loi sur le BAPE ou la Convention de la Baie James, mais peut-être les deux», a-t-il dit.

M. Boucher a affirmé que Strateco s’est soumis à des audiences et des évaluations environnementales et que l’entreprise attend maintenant la décision du COMEX.

«On a obtenu le permis de la CCSN selon les échéanciers prévus. La prochaine étape c’est ça, mais je dirais que ça va être important de pouvoir rencontrer le ministre pour faire le point avec lui et faire le tour du dossier», a-t-il dit.

Québec solidaire a demandé jeudi à M. Breton de bloquer le projet de mine de Matoush en raison de l’opposition de la population locale.

Selon QS, après avoir annoncé la fermeture graduelle de la centrale nucléaire de Gentilly 2, le gouvernement a l’occasion de tourner le dos définitivement à cette filière.

«J’invite le ministre de l’Environnement Daniel Breton à faire preuve de leadership et à se ranger résolument du côté de la population en bloquant ce projet», a déclaré le député Amir Khadir dans un communiqué.

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