Denis Beaumont/Métro Vincent Marissal

Dans la foulée du printemps érable, le Québec n’a jamais autant parlé de scolarité, d’étudiants et d’université. Mais a-t-on réellement parlé d’éducation? Élaboré avant le conflit étudiant, le livre De quoi le Québec a-t-il besoin en éducation? interroge une dizaine de spécialistes sur les défis du réseau scolaire, de la petite école à la formation professionnelle. Rencontre avec le co-directeur du projet et chroniqueur au journal La Presse Vincent Marissal.

Pourquoi avoir choisi de parler d’éducation?
L’éducation est une grande oubliée au Québec. Tout le monde dit que c’est LA priorité, que c’est l’avenir de la province… Or, au-delà des clichés et des slogans électoraux, un paquet de questions demeurent sans réponse. Quel est le rôle premier de l’école? Quel est le rôle des parents? Qu’est-ce qu’un enfant devrait apprendre? Qu’est-ce que la culture générale?

Si vos intervenants soulèvent une série de problèmes en éducation, les solutions ne font pas consensus. A-t-on perdu de vue les besoins des enfants?
Je pense qu’on vit au Québec un décrochage entre la population et l’école, en particulier entre les parents et l’école. Les parents ont peu accès à l’école de leurs enfants. Ils sont des invités tolérés, et non des partenaires. Il y a également tout un bassin de gens, particulièrement de jeunes retraités, qui habitent à côté ou en face de l’école, qui ont une expérience professionnelle et une expérience de vie extraordinaires, mais on ne les met pas à contribution.

C’est de ça dont vous parlez quand vous dites que le Québec doit raccrocher à l’éducation?
On doit mettre fin au décrochage de la société. La société, c’est le quartier autour de l’école, peuplé de parents, de retraités, d’une foule de gens qui ont quelque chose à apporter… On doit reconnecter l’école à son milieu, plutôt que d’ériger un mur coupe-feu entre les deux. Avec le temps, on a placé beaucoup de responsabilités sur les épaules des enseignants. Mais ces derniers le disent eux-mêmes : ils ne peuvent pas tout faire.

Les témoignages du livre évoquent aussi de belles réussites. Le Québec ne connaît pas que des ratés…
L’idée n’est certainement pas de dire qu’on est des minables, que le gazon est plus vert ailleurs. On a un réseau scolaire de qualité, probablement trop lourd et sous-financé, mais dont certains éléments fonctionnent très bien. Le très fort taux de scolarisation des Québécois en témoigne.

Le rapport Parent a jeté en 1964 les bases du système d’éducation tel qu’on le connaît (école obligatoire, création du ministère de l’Éducation). Cinquante ans plus tard, aurions-nous besoin d’un autre exercice similaire?
Pourquoi pas un rapport Parent 2.0? On parle beaucoup des états généraux sur l’éducation. À mon avis, il y a tellement de politique là-dedans que ça risque de finir en exercice de relations publiques où on parlera surtout des droits de scolarité. Mais l’argent n’est pas une fin, c’est un moyen. On devrait aussi se demander à quoi sert l’université? Comment préparer les gens à aller à l’université? Il y a longtemps qu’on ne parle que de structures et d’argent au Québec.

Les questions importantes relatives à l’éducation on été évacuées de la dernière campagne électorale. Y a-t-il une réelle volonté de changer l’éducation au Québec?
Il y a longtemps que j’ai entendu en politique une idée forte en éducation. Quand les politiciens s’en mêlent, on tombe vite dans les solutions toutes faites. Une réforme profonde en éducation ne peut pas juste porter sur l’abolition des commissions scolaires, par exemple. C’est très réducteur. Ce serait comme limiter le débat en santé sur le nombre d’heures d’ouverture des salles d’opération. Encore là, on ne parle pas d’éducation, on parle d’argent.

À force d’imposer des réformes complexes au système d’éducation, a-t-on oublié la base de l’enseignement?
On a mis trop d’efforts sur le contenant, et pas assez sur le contenu. C’est vrai que l’école doit apprendre le b.a.-ba aux jeunes. Mais au-delà des évidences, on fait quoi? Le Québec ne se pose pas nécessairement les bonnes questions. Pensons au débat sur l’enseignement de l’histoire, qui est selon moi trop politisé. Ce n’est pas à la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, de décider du contenu des manuels d’histoire. C’est une tâche qui revient aux historiens. L’éducation ne doit pas être un programme politique.

De quoi le Québec a-t-il besoin en éducation?
sous la direction de Jean Barbe, Marie-France Bazzo et Vincent Marissal.

Leméac Éditeur
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