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OTTAWA — L’interdiction décrétée par le Canada en 2016 sur l’importation, la vente et l’utilisation de l’amiante n’empêchera pas des entreprises québécoises de fouiller les montagnes de résidus miniers laissées par des décennies d’extraction, à la recherche de magnésium.

La ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, doit dévoiler jeudi à Ottawa la réglementation entourant la mise en oeuvre de l’interdiction de l’amiante. Cette réglementation a été approuvée par le cabinet à la fin du mois de septembre.

Les règles, qui doivent entrer en vigueur à la fin de l’année, interdisent l’importation, la vente ou l’utilisation de fibres d’amiante transformées et de produits qui en contiennent de même que tout produit de consommation contenant plus que de très faibles traces d’amiante.

Elles interdisent également la fabrication de produits utilisant des fibres d’amiante transformées.

La réglementation ne s’applique toutefois pas aux résidus laissés par l’extraction minière, ce qui représente environ 800 millions de tonnes de matières près des mines de Thetford Mines et d’Asbestos, au Québec.

Les mines d’amiante ont représenté le principal moteur économique de ces deux régions pendant des décennies jusqu’à ce que les découvertes sur les risques pour la santé entraînent l’effondrement du marché. La dernière mine en activité au Canada a cessé ses opérations à Thetford Mines en 2011.

Kathleen Ruff, experte en matière d’amiante, se dit déçue par la décision fédérale d’autoriser une exemption pour les résidus miniers, car ces derniers contiennent jusqu’à 40 pour cent de fibres d’amiante, qui sont responsables de cancers et d’autres maladies pulmonaires.

«Tout le monde est favorable aux emplois et au développement des communautés, tout le monde est content de la création de nouvelles entreprises, mais cela ne devrait pas se faire au détriment de la santé humaine, a-t-elle dénoncé. Cela ne devrait pas être dangereux.»

Au moins une entreprise, Alliance Magnésium, souhaite extraire ce métal des résidus de mines d’amiante, principalement pour utilisation dans les pièces automobiles et les moules haute pression. En août dernier, le gouvernement du Québec avait octroyé une aide financière de 30,9 millions $ à Alliance pour l’implantation d’une «usine de démonstration commerciale» de fabrication de magnésium à partir des résidus par un procédé d’électrolyse. Le projet, d’une valeur de près de 105 millions $, doit être réalisé à Danville, en Estrie, et créer une soixantaine d’emplois.

Joël Fournier, président d’Alliance Magnésium, explique que le processus employé par son entreprise détruit ce qu’il reste de la fibre d’amiante encore présente dans la pierre en la trempant dans l’acide. Le traitement permet ensuite de récupérer du magnésium et de la silice amorphe.

Il assure que les travailleurs portent une protection appropriée pour les empêcher d’inhaler toute fibre d’amiante et que les tests effectués par l’entreprise démontrent que très peu de fibres se retrouvent en suspension dans l’air.

«Je dis toujours que nous ne faisons pas partie du problème, nous n’avons pas créé le problème, nous faisons partie de la solution, insiste M. Fournier. Essentiellement, nous procédons à la remise en état des lieux.»

Le Canada a accepté d’interdire l’amiante en 2016 après des années de pressions exercées par des experts en santé publique, d’anciens travailleurs miniers et des proches de victimes. Le Canada a toutefois continué de faire valoir que l’amiante était sans danger s’il était utilisé avec les précautions appropriées.

Au moins 510 Canadiens sont morts en 2016 du mésothéliome, un cancer du poumon lié à l’amiante. Ce chiffre n’inclut toutefois pas les décès survenus au Québec, qui a cessé en 2010 de signaler ses taux de maladies liées à ce minerai.

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