Éric Beaupré/TC Média Denis Lauzon

«J’ai vu un mur de flammes devant mes yeux». Voilà la première vision du déraillement du convoi de la Montreal, Maine & Atlantic Railway (MMA) qu’a eu Denis Lauzon, le directeur du Service des incendies de Lac-Mégantic. Le hasard a voulu que les pompiers de l’endroit combattent un feu dans une maison située à deux pas de là, sur la rue Cartier, lorsque le train fou a déraillé.

«Je sortais d’une résidence où on avait reçu un appel pour un incendie et j’ai vu un mur de flammes devant mes yeux», se remémore le directeur Lauzon, qui a tenu le fort au cours du week-end incendiaire.

L’homme, qui dirige normalement 42 pompiers, a pris la direction de la caserne afin de mieux observer la situation. «Je voulais voir ce qui se produisait. Au début, je pensais à un feu de la forêt de pins ou à un écrasement d’avion. Mais quand j’ai approché, j’ai vu ce que c’était.» Devant lui, il y avait huit wagons qui brûlaient. Les pompiers ont alors battu en retraite. «On s’est reculé et on a attendu. On ne voulait pas causer plus de dommages. On n’a pas envoyé d’eau parce que c’était trop chaud», raconte-t-il, en entrevue avec TC Média.

Aussitôt, les services des incendies environnants ont reçu un appel d’aide. Saint-Georges-de-Beauce, Sherbrooke, les autres municipalités de la MRC du Granit de même que des brigades américaines ont accouru sur les lieux.

Au plus fort du combat, 150 pompiers étaient à l’œuvre. Et miracle, aucun d’entre eux n’a subi de blessures. «Il n’y a pas eu de blessé, pas eu de transport à l’hôpital. On a toujours travaillé de façon à évaluer les risques et de manière sécuritaire», indique Denis Lauzon.

Certains pompiers ont toutefois été victime de blessures mineures. «Il y a eu des ampoules aux pieds. Quand ça fait douze heures que tu es dans tes bottes…», dit-il, le regard perçant.

Denis Lauzon a également pu bénéficier du support d’un pompier de Farnham, Yvan Roy, qui s’est occupé de la santé et de la sécurité au travail. Plusieurs autres services de sécurité incendie du Québec ont aussi proposé leur aide en voyant l’ampleur du brasier. Denis Lauzon indique qu’il est touché par ces offres, mais nuance ces dernières. «De l’aide, c’est plaisant, c’est intéressant, mais ça cause des problèmes de logistique», concède-t-il.

«On voyait le danger»
S’il avoue que les pompiers sont formés pour intervenir dans diverses situations dangereuses, Denis Lauzon ne cache pas son étonnement sur la nature de l’intervention à laquelle ils ont dû faire face.

«On se forme, mais pas pour ce genre d’interventions. Pourtant, on le voyait le train. On voyait le danger, mais jamais on n’aurait cru que ça aurait pu prendre tant d’ampleur», confie le sapeur.

Il indique que la vitesse maximale des convois était fixée à 50 km/h.

«C’était pour nous un facteur de sécurité», a affirmé M. Lauzon. L’accident ferroviaire laissera une trace indélébile sur Lac-Mégantic. C’est marqué au fer rouge. Cette cicatrice ne pourra pas disparaître.»

Encore 75 pompiers à l’oeuvre
Parce que les probabilités que les pompiers de Lac-Mégantic puissent connaître des victimes, de près ou de loin, sont très élevées, aucun d’entre eux ne participe aux travaux effectués sur la scène de la tragédie.

«Par respect pour eux, mais aussi pour leur intégrité mentale», précise le directeur Lauzon. Il n’en demeure pas moins que 75 pompiers, provenant de nombreuses brigades sont à l’œuvre quotidiennement. Une trentaine d’entre eux assistent les policiers lors du déblaiement, tandis que 40 sapeurs assurent la protection incendie du site.

«Il y a toujours un risque. Il y a des moteurs, des génératrices et des vapeurs d’essence. On travaille toujours avec la sécurité en tête», précise M. Lauzon.

Les pompiers du Service des incendies de Lac-Mégantic, quant à eux, demeurent disponibles pour répondre aux appels de routine des citoyens.

«Nous avons deux casernes. On en a une qui est dans le secteur rouge, mais on a la chance d’avoir des pompiers qui habitent d’un bord de la zone comme de l’autre», dit-il. La clémence de Dame nature les aide aussi. «On a la chance d’être en été, alors on peut laisser les camions à l’extérieur si nécessaire», conclut-il.

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