Josie Desmarais/Métro

S’il n’en tient qu’à la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Société des alcools du Québec (SAQ) demeurerait publique. Pas question de la privatiser, sous quelle que forme que ce soit.

«La SAQ fonctionne bien. Il faut non seulement la préserver, mais il faut travailler à la développer», a insisté lundi le président de la CSN, Jacques Létourneau. Ce dernier a voulu prendre position dans ce débat entourant la privatisation de la SAQ, à l’heure où le gouvernement de Philippe Couillard tente par tous les moyens de renouer avec le déficit zéro pour l’année 2015-2016.

La centrale syndicale, qui représente les syndiqués de la SAQ, a comparé le commerce des boissons alcoolisées du Québec, où il y a un monopole, à celui de l’Alberta, où le marché est libéralisé depuis 20 ans. La conseillère de la SAQ, Julie Bergeron, a constaté que les prix sont similaires dans l’Ouest canadien – malgré le fait qu’il n’y ait pas de taxe de vente provinciale –, mais que le service est médiocre et que la diversité des produits offerts est pauvre. Des vins français, italiens ou chiliens sont très peu présents sur les tablettes alors que les vins canadiens et américains sont très répandus.

«Dans les lieux de villégiature comme Banff et Lake Louise, les tarifs sont plus élevés, parfois 10$ de plus par bouteille, a indiqué Mme Bergeron. C’est énorme. On ne retrouve pas cela ici parce que ce sont les mêmes prix à la grandeur du Québec.»

Pour l’année financière 2013-2014, la SAQ a versé 1G$ au gouvernement du Québec. Si la société d’État devenait une propriété privée, ce dividende du gouvernement serait automatiquement touché, d’après la présidente du Syndicat des employés de la SAQ, Katia Lelièvre. «Pour que le privé fasse de l’argent, il va falloir que la marge de profit du gouvernement soit moins élevée, a-t-elle expliqué. Au lieu que cet argent soit dépensé et redistribué collectivement, il va revenir à celui qui achèterait la SAQ.»

La Fédération des chambres de commerce du Québec a proposé il y a deux semaines, devant la Commission sur l’examen de la fiscalité, de maintenir le monopole de grossiste de la SAQ, mais de privatiser en partie ses fonctions de détaillant. Cela aurait pour effets de réduire le nombre de succursales de la SAQ et de garantir le dividende du gouvernement, d’après la fédération.

Cette privatisation partielle de la SAQ serait le premier pas «le plus évident», d’après l’économiste de l’Institut économique de Montréal, Youri Chassin. «On n’est pas obligé de changer de modèle du jour au lendemain, a-t-il dit. On peut prendre le temps de le faire, mais, à coup sûr, allons dans cette direction [de la privatisation].»

Une SAQ privée pourrait offrir plus de produits et de meilleurs prix, selon M. Chassin. L’entreprise serait par ailleurs mieux gérée. Le dividende de l’État serait maintenu, sinon augmenté, a dit l’économiste, en raison des taxes imposées sur les boissons alcoolisées.

Au lendemain de l’élection du gouvernement Couillard, les économistes Claude Montmarquette et Luc Godbout, qui préside la Commission sur l’examen de la fiscalité, avaient aussi suggéré de privatiser en partie la SAQ. Le premier ministre, Philippe Couillard, s’était dit ouvert à l’idée.

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