Josie Desmarais/Métro

Métro présentait tout au long de la semaine les résultats d’une vaste étude comparative des prix des produits en vente à la Société des alcools du Québec (SAQ) et à son pendant ontarien, la Liquor Commission Board of Ontario (LCBO). Constat: les prix sont généralement plus chers au Québec. Selon plusieurs intervenants questionnés par Métro, cela est en bonne partie dû aux politiques du gouvernement du Québec. Dernier article de la série.

Comme le révélait Métro lundi, 60% des produits en vente dans les deux sociétés d’État sont moins chers en Ontario. La plus grande différence, en moyenne, concerne les bouteilles de vin à moins de 20$, que les Québécois paient 11% plus cher.

«Le point d’origine, c’est le gouvernement du Québec qui veut toujours obtenir un meilleur rendement, lance Simon Tremblay-Pepin, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), qui effectue d’ailleurs en ce moment une étude sur la SAQ. Avec la SAQ, le gouvernement agit comme un mauvais actionnaire. Il voit à très, très court terme et demande énormément de rendement.»

Dans son plan économique du Québec 2015-2016, le gouvernement dit s’attendre à un rendement plus élevé de la part de la SAQ pour les deux prochaines années. En 2014, elle versait plus de 1G$ dans les coffres de l’État, alors qu’en 2008, ce chiffre n’était que de 760M$.

M. Tremblay-Pepin ajoute que la SAQ n’a pas vraiment le choix d’augmenter ses prix lorsque le gouvernement lui de­mande un meilleur rendement, puisque la société d’État ne peut plus vraiment faire d’économies du côté de l’efficacité.

«Je n’ai pas de problème à ce que la SAQ nous rapporte, mais sommes-nous obligés de dire “allez me chercher 10% de plus l’année prochaine” chaque année? Les actionnaires des compagnies privées sont plus prudents que ça», lance-t-il.

Moins de vins à bon marché

Selon le journaliste et blogueur de vins Marc-André Gagnon, le fait que la SAQ a graduellement délaissé les vins à bon marché dans les dernières années permet aussi à la société d’État de dégager une plus importante marge de profit.

«En 2009, il y avait plus de 200 vins en bas de 10$ à la SAQ. Maintenant, il y en a 24, affirme-t-il. En Ontario, il y a des vins à 7$. On n’a pas ça au Québec. Par contre, ce ne sont souvent pas des vins très intéressants.»

«Ce n’est pas pour le plaisir qu’ils [la SAQ] font ça, ils n’ont pas le choix. S’ils ne dégagent pas plus de profit, ils se font engueuler.» – Marc-André Gagnon, journaliste et chroniqueur de vins

Il affirme de plus que la sélection de vins en Ontario n’est nullement comparable à celle qu’on trouve au Québec, la SAQ offrant un éventail de produits bien plus intéressant, puisque les Ontariens consomment beaucoup moins de vin que les Québécois.

«Moi-même, j’habite Gatineau (NDLR: près de la frontière ontarienne), et je ne vais presque jamais à la LCBO», affirme-t-il.

Néanmoins, la SAQ se «tire dans le pied» selon lui, puisqu’elle n’offre pas d’options d’entrée de gamme aux consommateurs moins expérimentés. «Ils se coupent de la jeunesse, des étudiants, des gens qui veulent se lancer dans l’appréciation du vin», croit-il.

La SAQ ne favorise pas non plus la fidélisation de sa clientèle en coupant dans la formation de ses employés pour améliorer son rendement, ajoute M. Tremblay-Pepin.

Un pouvoir de négociation non utilisé

Même son de cloche du côté de la Coalition avenir Québec (CAQ), dont le chef, François Legault, a déjà évoqué l’idée de privatiser la SAQ, en partie à cause de ses prix trop élevés.

Selon le porte-parole de la CAQ en matière de finances, François Bonnardel, le fait que la SAQ négocie ses achats avec des agents commerciaux, plutôt que directement avec les producteurs de vins, y est pour cause.

«La SAQ est le 3e ou 4e plus gros acheteur de vin au monde. Imaginez-vous combien on pourrait économiser en coûts si on utilisait cet avantage pour négocier, s’indigne-t-il. Le recours aux agents commerciaux, c’est correct pour des petits producteurs, mais pour les gros, pourquoi la SAQ ne négocie pas elle-même?»

Un écart qui disparaîtra?
Selon Françoise Bertrand, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres du commerce du Québec, l’écart de prix entre les produits de la SAQ et de la LCBO est voué à disparaître.

«Plus la SAQ et la LCBO vont aller vers des ventes en ligne, moins on verra d’écart, estime-t-elle. Est-ce que cela apporterait aussi une certaine libéralisation des prix?»

Pour elle, plus les Québécois pourront obtenir facilement des produits de la LCBO, moins la SAQ pourra maintenir des prix plus élevés.

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