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La lutte qui a opposé les camps du Oui et du Non en octobre 1995, lors du deuxième référendum sur l’indépendance, a laissé une trace indélébile dans la mémoire collective des Québécois. Vingt ans plus tard, Métro a parlé à des témoins importants de la campagne afin de revivre la fièvre référendaire dans une série d’articles qui sont publiés tout au long du mois. Aujourd’hui, retour en arrière sur le jour du vote fatidique, que le Non a remporté par un peu plus de 54 000 voix.

Le jour du référendum, l’ancien premier ministre Jacques Parizeau a confié à l’animateur Stéphan Bureau son intention de démissionner si le Oui perdait cette bataille. Ses conseillers ont réussi à le faire changer d’idée. C’était avant son discours prononcé le soir même, qui ne lui a pas laissé le choix.

«On lui a dit que s’il était devenu une figure paternelle pour la nation et pour les jeunes, il ne pouvait pas les laisser tomber, raconte son ancien conseiller, Jean-François Lisée. Et il avait accepté [de rester] de bonne grâce.»

Tout au long du mois d’octobre, Jacques Parizeau et son équipe ont parcouru la province pour convaincre les Québécois du bien-fondé de la souverai­neté. Parallèlement à cette course contre la montre, ils préparaient l’après-référendum. Ils avaient mandaté des fonctionnaires qui étaient prêts à s’envoler à l’étranger en cas de victoire du Oui pour rassurer les marchés financiers. Des emprunts avaient également été faits pour la prochaine année afin que Québec puisse disposer de liquidités en cas d’instabilité financière. La France était aussi disposée à reconnaître la volonté d’indépendance des Québécois.

«On pensait que si on gagnait avec 51% des voix, les appuis auraient monté à 56% ou même à 60% la semaine suivante parce qu’il y aurait eu un effet de ralliement important, explique M. Lisée. On savait que Jean Chrétien tenterait d’infirmer la décision par référendum ou par les tribunaux. Ça prendrait du temps et il y aurait une incertitude sur les marchés financiers tant que le Canada ne voudrait pas commencer à négocier.»

«Il fallait agir vite. On travaillait [sur l’après-référendum] même si on pensait perdre. On ne sait jamais… d’un coup qu’on gagnerait.» – Jean-François Lisée, ancien conseiller de Jacques Parizeau. Selon lui, le référendum de 1995 est «le dernier grand moment» de l’histoire du Québec.

Le soir du référendum, lorsque les résultats ont commencé à être dévoilés, la victoire semblait être possible pour le camp du Oui.

«J’avais escompté la victoire, se souvient l’ancienne attachée de presse de M. Parizeau, Marie-Josée Gagnon. Quand les résultats sont sortis, on s’est rendu compte que le vote s’était contracté et que ça ne passerait pas. C’était une grosse douche froide. Il y a eu beaucoup de silence [dans le salon où les proches du premier ministre étaient réunis].»

Près de 49,4% des Québécois qui se sont prévalus de leur droit de vote ont appuyé le projet de souveraineté de Jacques Parizeau. Rapidement, Jean-François Lisée s’est mis à rédiger un discours pour le premier ministre. «Selon le résultat, le discours devait être différent, a-t-il dit. Il y a des choses qui doivent être faites à chaud. J’ai proposé et le chef a disposé.»

M. Parizeau a mis de côté le discours écrit par son proche conseiller et il s’est adressé à ses partisans. «Entre nous», a-t-il pris soin de préciser. «C’est vrai qu’on a été battus, au fond, par quoi? Par l’argent, puis des votes ethniques, essentiellement», a lâché le premier ministre. La phrase allait faire les manchettes le lendemain et l’obliger à mettre fin à sa carrière politique.

«Avec une population divisée à 50/50, personne ne s’est senti gagnant ce soir-là: Jacques Parizeau ne croyait pas aux victoires morales, et les fédéralistes n’avaient pas résolu les problèmes constitutionnels.» – John Parisella, membre de l’équipe de direction du camp du Non

Le 30 octobre 1995, le maire de Westmount Peter Trent se rend à l’hôtel de ville de Montréal sur invitation du maire de la métropole, Pierre Bourque. Comme une immense majorité de Québécois ce soir-là, les deux magistrats assistent au dépouillement des votes du référendum.

«Tout comme M. Bourque, j’étais convaincu qu’en cas de victoire du Oui nous aurions besoin d’agir pour rassurer la communauté anglophone. C’était possible que des gens se mettent à paniquer», se souvient M. Trent.

Le maire de Westmount n’a toutefois jamais eu à intervenir, malgré des résultats initiaux qui plaçaient le Oui largement en avance durant une partie de la soirée.

«Quand le Oui est sorti en tête, j’ai dû vérifier avec mon équipe pour être sûr que ma confiance n’était pas mal placée», se rappelle John Parisella, membre de l’équipe de direction du camp du Non. Ce dernier passe la soirée sur le plateau de CBC à analyser les résultats. «Entre deux pauses publicitaires, j’ai discuté avec notre directeur de campagne qui m’a rassuré: les votes du West Island et de l’Outaouais n’étaient pas rentrés, et des indices montraient des gains du Non à Québec, relate M. Parisella. À ce moment-là, je me suis senti confortable.»

Quand il devient clair que le Non l’emportera, l’homme politique se sent soulagé. «On a évité la rupture. C’était LA raison pour laquelle j’étais là», insiste-t-il.

Alors que la victoire des fédéralistes se concrétise, les esprits s’échauffent devant le Métropolis, au centre-ville de Montréal, où se tient le rassemblement officiel du Non. «Des centaines de personnes s’étaient massées sur la rue Sainte-Catherine. Nous avons été séquestrés à l’intérieur pendant des heures parce que la police craignait une confrontation», raconte le leader des jeunes libéraux en 1995, Claude-Éric Gagné.

«Il y avait beaucoup de gens frustrés. Il n’y a pas eu beaucoup de grabuge, mais il y avait énormément de tension dans l’air», ajoute M. Gagné.

Au local de la circonscription de Jacques-Cartier, dans l’ouest de l’île, l’organisateur en chef du camp du Non pour l’endroit, Robert Valdmanis, a vent du branle-bas de combat au Métropolis. «Plusieurs personnes nous ont dit qu’on ne pourrait accéder aux festivités», note-t-il. De toute façon, au terme d’une éreintante campagne de 30 jours, l’organisateur n’a pas le cœur à la fête. «Pour être honnête, j’étais épuisé. J’ai remercié mes volontaires, je suis retourné à la maison et je me suis couché», se remémore M. Valdmanis.

Bien qu’il ait fait partie des artisans de la victoire, le résultat référendaire lui laisse un goût doux-amer. «Je ne sentais pas que nous avions gagné quoi que ce soit. Il n’y avait rien à gagner, tranche-t-il. Je sentais seulement que nous n’avions pas perdu.»

Archives référendaires Semaine 5

Discours de la dernière chance
Cinq jours avant le référendum, les sondages donnent une légère avance au camp souverainiste (Oui: 50,5%, Non: 49,5%, sondage Soms du 25 octobre). Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, décide de s’adresser à la nation. Un temps d’antenne a aussi été offert au chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard.

Chretien visits Germany«C’est une décision sérieuse […] aux conséquences imprévisibles et incalculables. Un Oui mène à la destruction irréversible de l’union économique et politique que nous avons actuellement. Rien de plus.» – Jean Chrétien, premier ministre du Canada

Lucien Bouchard«Il faut lancer un appel à vos amis, parents et camarades de travail qui pensent voter Non. Jean Chrétien a sonné le glas de leurs derniers espoirs. Même quand il promet, il ne livre pas. Alors, imaginez quand il ne promet pas.» – Lucien Bouchard, chef du Bloc québécois

Des communautés irritées
Des communautés culturelles ont dénoncé les paroles de leaders souverainistes qui mettaient en doute leur appartenance à la société québécoise.

  • Le vice-premier ministre, Bernard Landry, et le chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, étaient visés, de même que le président de la CSN, Gérald Larose, et le président du Conseil de la langue française, Marcel Masse.
  • «Un vote est un vote, peu importe que vous soyez une femme, une personne âgée ou un allophone. On ne veut pas être montrés du doigt. C’est inacceptable», a dit le représentant du Congrès national des Italo-Canadiens, Tony Maglaviti.
  • Certains membres de communautés culturelles ont confié avoir été victimes d’intimidation.

«Je suis troublé par le mépris des lois québécoises par les premiers ministres du Canada anglais.» – Jacques Parizeau, le 29 octobre 1995, au sujet des entreprises de téléphonie qui ont accordé des rabais à leurs clients pour que ceux-ci appellent des Québécois et leur demandent de voter Non

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