Il y a 25 ans, on pouvait encore acheter des cigarettes dans les pharmacies. Aujourd’hui, plusieurs associations pointent les incohérences de la corporation qui continueraient de vendre certains produits néfastes pour la santé ou même inutiles. En voici un aperçu.

1-Boissons sucrées
La consommation de sucre a augmenté de 46 % au cours des 30 dernières années, alors que, parallèlement, le taux de diabète a triplé, touchant désormais 347 millions de personnes dans le monde, indique la cinéaste Michèle Hozer dans son documentaire La vérité sur le sucre, dans lequel elle compare les stratégies de l’industrie à celles des fabricants de tabac. Verra-t-on à l’avenir les boissons sucrées disparaître des tablettes? «C’est quelque chose sur quoi la Coalition poids va insister de plus en plus», indique à Métro Corinne Voyer, directrice de l’organisme, qui a publié un rapport sur la question. «Dans l’imaginaire des gens, une pharmacie, c’est un lieu de santé; pourtant on y retrouve beaucoup de malbouffe», souligne-t-elle en pointant du doigt une canette de boisson énergisante contenant 65 g de sucre, soit déjà 30 % de plus que le maximum quotidien recommandé par l’Organi­sation mondiale de la Santé. Le sucre liquide arrive trop vite dans le foie et se transforme directement en graisse, prédisposant au diabète de type 2, à l’obésité et aux maladies cardio-vasculaires.

2-Produits naturels
«Les produits amaigrissants n’ont pas leur place dans une pharmacie», affirme Yves Jalbert, de l’Association pour la santé publique du Québec, qui souligne que ce type de produit n’est généralement pas choisi par le pharmacien, mais par sa bannière. M, Jalbert mentionne la faiblesse des études scientifiques déposées par les fabricants auprès de Santé Canada et le manque de rigueur du processus d’approbation de l’institution fédérale. Des journalistes de l’émission de CBC Marketplace ont ainsi fait homologuer un produit inventé contre la fièvre simplement en photocopiant les pages d’une encyclopédie homéopathique détaillant les propriétés des ingrédients. Les diètes coûtent souvent plus de 100 $ par mois et contiennent essentiellement des produits qui vous feront aller à la selle plus souvent. Rien de bien durable, note M. Jalbert. «Certains produits sont même dangereux pour la santé, notamment parce qu’ils peuvent interagir avec d’autres médicaments», ajoute-t-il en remarquant la présence d’Hydroxycut, un produit amaigrissant, dont l’une des déclinaisons a été retirée des tablettes après un décès aux États-Unis.

Homéopathie

3-Homéopathie

Les produits homéopathiques reposent sur les principes de dilution et de similitude. «Par exemple, si un poison comme l’arsenic cause des maux d’estomac, alors l’arsenic hautement dilué permettrait de guérir le mal de ventre», illustre Ariel Fenster, professeur à l’Université McGill. Selon une méta-analyse australienne de 176 études, l’homéopathie n’obtient pas de meilleurs résultats qu’un placébo pour régler près de 70 problèmes de santé. «Les médecins homéopathiques s’intéressent à la personnalité et au caractère de leur patient pour déterminer le traitement. C’est le fait d’être écouté qui amoindrit les symptômes», selon M. Fenster. Or, des traitements homéopathiques peuvent être proposés pour remplacer la vaccination ou même aider des cancéreux. «C’est dangereux sur le plan de la santé publique», affirme le professeur. Il déplore en outre qu’on retrouve des produits homéopathiques en pharmacie, «et comme ils sont approuvés par Santé Canada, les utilisateurs croient à tort que c’est efficace», dit-il en soulignant que les fabricants n’ont besoin de fournir aucun test clinique pour être homologués.

4- Qu’en dit l’industrie?

«Le rapport australien sur l’homéopathie contient de sérieux biais méthodologiques, omettant trois études importantes. Et il est contredit par un rapport commandé par le gouvernement suisse qui a conclu en 2011 que l’homéopathie est efficace si elle est pratiquée correctement», affirme Paul Labrèche, président du Syndicat professionnel des homéopathes du Québec. Il ajoute que l’homéopathie est désormais la deuxième médecine non conventionnelle la plus pratiquée dans le monde, qu’elle est enseignée dans plusieurs universités et que l’Ontario lui a donné en 2015 un statut officiel régi par un ordre. L’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) souligne de son côté qu’une surveillance s’exerce sur la qualité des produits vendus. «On reçoit chaque semaine une ou plusieurs alertes de Santé Canada au sujet de produits dont les ingrédients ne correspondent pas à l’étiquetage», mentionne Bertrand Bolduc, président de l’OPQ. Concernant les boissons gazeuses, il souligne que, contrairement au tabac, la consommation occasionnelle n’est généralement pas néfaste pour la santé. À propos des produits amincissants, il recommande aux consommateurs de vérifier auprès du pharmacien si les produits vendus ont bien les propriétés qu’ils prétendent avoir et qu’il n’y a pas de contre-indications à leur consommation.

Compléments de lecture:
Le Pharmachien, un blogue humoristique de vulgarisation sur le monde de la pharmacie

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