Michel Leclerc, propriétaire de l’entreprise Terramex et nouveau témoin à la Commission Charbonneau, a raconté, lundi, le chemin tortueux, qui a conduit à sa participation au système de collusion à Montréal puis à sa condamnation pour fraude fiscale en 2010. L’homme, qui semble dans la soixantaine avancée, n’a pas paru spécialement nerveux, mais en raison d’une condition médicale exceptionnelle, l’enregistrement audio et vidéo ne sera diffusé qu’une fois son témoignage terminé.

M. Leclerc a expliqué qu’il a participé au système de collusion à Montréal à partir de 1997. Cette année-là, il a obtenu un chantier de drains de ruelle à Montréal. Joe Borsellino de Garnier Construction l’a alors contacté pour lui offrir 50 000$ pour qu’il se retire. M. Leclerc a réussi à résister, mais quelques jours plus tard, une alerte à la bombe a été lancée dans les bureaux de Terramex et des équipements ont été endommagés.

La même année, l’entrepreneur a de nouveau tenu tête à M. Borsellino afin d’obtenir le contrat de la Place Jacques-Cartier. Puis, tout a changé en 1998. M. Leclerc avait soumissionné pour un chantier sur des trottoirs et, cette fois, c’est Nic Milioto qui lui dit de se «tasser». L’homme a été identifié par des experts comme l’intermédiaire entre la mafia et les entrepreneurs.

Selon M. Leclerc, M. Milioto était «plus convaincant» et «imposant» que M. Borsellino. «Si tu résistes un peu plus longtemps, ils te font comprendre que, pour le bien de la compagnie, ce serait mieux de les écouter sérieusement», a-t-il indiqué. Il a donc fini par conclure une entente : M. Milioto s’occuperait des trottoirs et M. Leclerc des bordures en granite.

À partir de ce moment, M. Leclerc a réalisé ses chantiers en sous-traitance avec l’entreprise de M. Milioto, Mivela Construction. En échange, il a dû lui verser un 3% de la valeur de ses contrats, qui était remis au «politique», selon ce que lui a dit M. Milioto. M. Leclerc aurait aimé soumissionner sur les contrats d’égout, mais il n’était pas autorisé. M. Milioto lui a dit qu’en attendant son tour, il devait faire des soumissions de complaisance, ce qu’il a fait. Mais son tour n’est jamais venu.

Un cartel dans le secteur de l’aménagement des parcs a aussi été mis en place à partir de 2004 à l’initiative de M. Milioto et de Franco Capello de Excavations Super. Les entrepreneurs du cartel devaient remettre une cote de 1,5% par projet à M. Capello, mais le système n’a duré que 2 ou 3 ans.

Nouveaux fonctionnaires impliqués
Michel Leclerc a ajouté le nom d’un autre fonctionnaire dans la liste de ceux qui auraient reçu des pots-de-vin. En 2004, pour un chantier d’aqueduc, M. Leclerc a expliqué qu’il a eu de la difficulté à se faire payer pour les travaux. Le dossier a trainé jusqu’au jour où l’ingénieur responsable du projet à la Ville, Guy Girard, lui a demandé un pot-de-vin de 5000$. Après avoir payé, Terramex a reçu un traitement «5 étoiles» et le dossier s’est réglé rapidement.

Sur un autre contrat en 2006, Robert Marcil, ex-directeur de la réalisation des travaux à la Ville, l’a convoqué au restaurant pour lui demander de baisser son prix de 180 000$ pour «tomber dans les budgets». Il lui avait alors proposé d’être compensé avec les extras, ces montants destinés aux dépassements de coûts imprévus.

Raynald Desjardins ne sait toujours pas s’il devra témoigner
L’avocat de Raynald Desjardins, Me Marc Labelle, a tenté de faire annuler le subpoena de son client. Raynald Desjardins, entrepreneur de la construction, qui a déjà été proche du parrain Vito Rizzuto, est accusé du meurtre de Salvatore Montagna. Ce dernier était considéré comme l’aspirant parrain de la mafia peu avant sa mort, en novembre 2011.

Me Labelle craint qu’un éventuel témoignage devant la commission nuise au procès de son client et compromette le choix de jury impartial, bien que la date du procès n’est toujours pas fixée. Une décision sera donc rendue ultérieurement.

Soumission de complaisance
Même si certains chantiers ne l’intéressaient, l’entreprise Terramex a parfois dû faire des soumissions de complaisance. Pour les entrepreneurs du cartel, la présence d’autres joueurs, comme Terramex, donne l’apparence d’un marché libre de plusieurs joueurs. Cela permet aussi d’apporter de la crédibilité aux prix gonflés de 30%. Si tous les entrepreneurs proposent un prix deux fois supérieurs aux estimations, ça laisse croire qu’il s’agit de montants appropriés.

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