Paul Chiasson Gerald Tremblay.

MONTRÉAL – L’ex-maire de Montréal, Gérald Tremblay, est catégorique: il n’y a jamais eu de ristourne de trois pour cent sur les contrats exigée par Union Montréal. Il soupçonne, sans donner de noms, que certains ont carrément mis cet argent dans leurs poches.

«Il n’y a jamais eu de trois pour cent à Union Montréal, c’est impossible, c’est impossible», s’est exclamé l’ex-maire de Montréal, qui voulait visiblement se vider le coeur, jeudi, devant la Commission Charbonneau.

D’autres témoins devant la commission ont affirmé avoir dû verser une contribution équivalant à trois pour cent de la valeur de leurs contrats au parti du maire, Union Montréal. L’argent était toutefois versé à Bernard Trépanier, le responsable du financement du parti à l’époque, ont-ils témoigné.

Mais selon le maire Tremblay, c’était impossible, parce que le parti «n’avait pas besoin de ça», qu’il avait un agent officiel, que celui-ci faisait rapport aux autorités compétentes et que tout était en règle, a-t-il résumé.

Quand la juge France Charbonneau lui a demandé sur quoi il se basait pour être aussi catégorique, surtout qu’il avouait ne s’être jamais occupé personnellement du financement, M. Tremblay a répondu qu’il se basait sur la confiance qu’il avait en l’intégrité de son agent officiel, Marc Deschamps.

L’ex-maire a par ailleurs nié avoir fait de l’aveuglement volontaire face aux tractations qui avaient cours dans son entourage. «Je n’ai jamais fait d’aveuglement volontaire. Je ne suis pas naïf. Je ne suis pas une personne naïve. Je fais confiance», a-t-il corrigé.

La procureure chef de la commission, Me Sonia LeBel, lui a aussi demandé s’il se sentait responsable de ce qui arrive à la Ville de Montréal, plongée dans la tourmente depuis des années.

«Je suis imputable. Je suis responsable. Et j’ai admis que j’en assumais l’entière responsabilité. Si je me suis entouré de certaines personnes qui peuvent avoir trahi ma confiance, à ce moment-là j’en assume l’entière responsabilité. J’assume les choix que j’ai faits. Je suis entièrement responsable. Ce sont mes choix. Je ne blâme personne; c’est moi qui ai fait ces choix-là», a-t-il affirmé.

Devant les témoignages qui se sont accumulés devant la commission de la part de représentants de firmes de génie-conseil qui ont dit avoir donné des milliers de dollars à Bernard Trépanier, pour s’assurer d’une part des contrats, M. Tremblay a avancé son hypothèse.

«Tout ce trois pour cent-là n’est jamais venu à Union Montréal. Est-ce que vous écartez l’hypothèse que l’argent n’est jamais venu à Union Montréal et est allé dans les poches de certains individus? On parle de dizaines de millions, c’est allé où? On n’avait pas besoin de ça pour gagner des élections. C’est allé où? S’il y a des gens malhonnêtes qui ont fait un stratagème pour percevoir de l’argent et se sont servis d’Union Montréal, ‘as on official of the mayor’, de mon nom, pour aller percevoir de l’argent, alors cet argent-là, je ne l’ai jamais vu et Union Montréal ne l’a jamais vu», s’est exclamé M. Tremblay.

Zampino

En 2001, M. Tremblay affirme avoir choisi Frank Zampino comme président du comité exécutif parce qu’il était comptable de profession, qu’il avait bien géré sa ville de Saint-Léonard, et que cela lui serait utile, compte tenu de la précarité des finances montréalaises à l’époque.

«Montréal était une ville techniquement en faillite. J’allais là pour sauver la Ville de Montréal; la Ville était en péril», a-t-il lancé.

M. Tremblay a assuré que Frank Zampino ne l’a jamais mis au courant de ses liens d’amitié avec Rosaire Sauriol, vice-président de Dessau, et Tony Accurso, de Simard-Beaudry, Louisbourg et autres entreprises de construction _ un des principaux fournisseurs de la Ville.

M. Zampino a d’ailleurs admis à la commission ne jamais en avoir parlé au maire, sous prétexte que c’était sa vie personnelle et que lui savait tracer la ligne entre son travail et ses relations personnelles.

Et s’il l’avait su? «Je l’aurais remplacé comme président du comité exécutif», a-t-il répondu à la juge France Charbonneau. Ou, s’il l’avait su dès le départ, il ne lui aurait même pas offert le poste.

«C’est une question de perception» et, en politique, les perceptions comptent beaucoup, a-t-il souligné.

Pour étayer ses dires, il a raconté que c’est justement pour une raison éthique qu’il a congédié l’ancien directeur général de la Ville, Robert Abdallah. Il avait reçu une information confidentielle voulant que M. Abdallah était «régulièrement» vu dans un restaurant italien du centre-ville avec l’entrepreneur Tony Accurso.

Il lui a donc annoncé sur-le-champ que son contrat venait de prendre fin. Il ne lui a jamais dit pourquoi, afin de protéger sa source confidentielle.

M. Zampino a quitté son poste avant terme, en 2008, disant à M. Tremblay qu’il voulait retourner dans le secteur privé.

Puis il a accepté l’offre de la firme de génie-conseil Dessau, où il est devenu vice-président aux finances en janvier 2009. Or, Dessau a une relation d’affaires avec la Ville.

«Tu fais une grave erreur», lui a lancé M. Tremblay.

«Moi, j’étais sur la sellette sur les compteurs d’eau. J’étais totalement incapable de justifier publiquement, pour les contribuables, comment pendant un des plus gros contrats de l’histoire de la Ville de Montréal, le président du comité exécutif s’en va chez Dessau», a-t-il expliqué à la commission.

Il a eu beau exprimer sa colère à M. Zampino, lui exposer les problèmes éthiques que cela posait, ce dernier lui a dit avoir pris sa décision.

Le maire a même appelé personnellement le président de Dessau, Jean-Pierre Sauriol. «Je lui ai dit que c’était une mauvaise décision, qu’il ne devrait pas faire ça», a-t-il relaté.

«Sa réponse a été laconique: je suis président d’une firme du secteur privé. Je n’ai de comptes à rendre à personne», a rapporté le maire Tremblay.

M. Tremblay a appris par les médias en 2009 que son bras droit, Frank Zampino, avait séjourné sur le yacht de Tony Accurso en 2007 et 2008.

En colère, puisque ce voyage avait eu lieu en plein processus du contrat des compteurs d’eau, auquel une entreprise de M. Accurso s’intéressait, M. Tremblay n’a pas voulu lui parler.

C’est son directeur de cabinet qui s’est informé de la véracité de cette information auprès de M. Zampino, qui a confirmé le tout.

M. Tremblay a alors demandé à M. Zampino qui étaient les autres personnes sur ce yacht, mais celui-ci n’a jamais voulu le lui dire. «Il sait très bien que s’il me donne les noms, c’est la fin du contrat des compteurs d’eau.»

Son témoignage se poursuivra lundi.

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