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Enfant, nous habitions au dernier étage d’un immeuble qui fait partie d’un quadrilatère d’habitations, au centre-ville de Casablanca, la métropole du Maroc. Et au plus loin de mes souvenirs, j’y courais partout.

La cour intérieure de ce bloc faisait office de marché de tissu, mais les jours fériés, c’était l’espace de jeu de tous les enfants des immeubles avoisinants. J’y courais tout le temps.

Courir est devenu mon activité favorite, même si elle a failli me détruire. Un jour, on faisait la course dans ma cour de récréation à l’école. Pour éviter d’être rattrapé par mes poursuivants, je courais en regardant derrière moi et, évidemment, je n’ai pas raté le mur des toilettes. J’en garde un stigmate sur le front qui, même s’il est devenu presque invisible avec le temps, me rappelle ma fougue de jadis.

Un autre jour, en jouant à cache-cache, j’ai omis les instructions de mes parents et osé sortir de la cour de notre immeuble. Caché derrière une voiture stationnée de l’autre côté de la rue, je me croyais à l’abri des guetteurs. Hélas, l’un d’eux, plus futé que moi, a carrément fait le tour du pâté de maisons pour me démasquer par-derrière. À peine a-t-il eu le temps de prononcer la première lettre de «je t’ai eu», j’ai sursauté et traversé la rue en courant sans me soucier de la circulation. Et ce qui devait arriver arriva. Une voiture m’a happé et projeté dans les airs.

Ce jour de mon accident, dans ma malchance, j’ai eu de la chance. Le choc était violent, mais j’étais conscient et prêt à reprendre ma partie. Hélas, la police était déjà sur les lieux et une foule immense s’est amassée des deux côtés de la rue. Affolé, mon père a dû rappliquer de son travail sur-le-champ. Après les formalités, il m’a emmené aux urgences pour une inspection de routine. Le lendemain, j’étais déjà dehors à courir avec les autres mômes.

Durant toutes mes études, le clair de mes temps libres, je le passais à courir derrière le ballon rond avec mes potes. C’était du bonheur total, même si j’enrageais ma pauvre mère qui essayait de toutes ses forces d’insérer mes devoirs au milieu de mes foulées.
Depuis lors, je ne compte plus les kilomètres dévorés à courir dans les montagnes de l’Atlas de mes aïeux, sur les pavés des villes où j’ai élu domicile, dans les parcs, et sur les tapis roulants de Montréal, là où l’hiver, il n’est plus question de courir dehors.

Ce bonheur de courir m’a sauvé la vie. Pour arrêter la cigarette, j’ai couru. Pour arrêter l’alcool, j’ai couru. Pour traverser les temps durs de mon immigration, j’ai couru. Pour trouver l’énergie de cofonder une famille nombreuse, je cours. Cours Hassan, cours!

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