collaboration spéciale Olivier Föllmi

Éternellement émerveillé par la condition humaine, le photographe Olivier Föllmi a parcouru plusieurs fois le monde, happé par un horizon prodigue en bonheur pour qui se laisse dériver de rencontre en paysage. Métro a parlé à ce lauréat du prestigieux World Press Photo lors de son passage à Montréal, où il venait à titre d’ambassadeur de la prochaine saison des Grands Explorateurs.

Le regard que chacun porte sur le monde est un thème récurrent dans votre œuvre. Pourquoi donc?
Parce que tout est une question de regard! On «négativise» beaucoup l’existence alors que, pourtant, elle est belle, la vie. Bien sûr qu’il y a la mort au bout, mais pourquoi ne pourrait-elle pas être belle, la mort? Il suffit de changer la perception que nous avons des choses. La souffrance fait partie de la vie, mais regarde: rien que d’être là, vivant, à se parler, on devrait exploser de joie.

Vous avez fait plusieurs fois le tour du monde, allant chaque fois à la rencontre des différentes cultures humaines. D’expérience, croyez-vous que chaque peuple trace son propre chemin vers le bonheur?
Nous avons tous les mêmes aspirations au bonheur; c’est la voie que nous empruntons pour l’atteindre qui diffère. C’est ce qui fait la richesse de l’humanité : tout le monde ne pense pas la même chose, chacun possède un fragment de la vérité sans qu’aucun peuple puisse prétendre l’avoir en entier. Et c’est tant mieux, car rien n’est plus pauvre que la pensée unique.

Vous êtes né en Suisse et avez vécu plus de 20 ans en Asie. Cette vie passée entre deux civilisations vous a convaincu que l’Orient et l’Occident ont beaucoup à s’apporter l’un à l’autre.
Chaque grande culture a quelque chose à apporter à l’autre, car chacune a mené sa quête du bonheur selon un angle qui lui appartient.

Dans les cultures bouddhistes, par exemple, le bonheur se situe au cœur de l’individu, et c’est par l’introspection qu’on parvient à l’atteindre. En Amérique latine, c’est le contraire : on extériorise le bonheur à travers la danse et la musique. Cette faculté de transcender les difficultés par le spectacle ne se retrouve pas ailleurs.

Le bonheur, en Afrique, est beaucoup lié à l’harmonie que l’individu développe avec sa famille au sens élargi, qui comprend les amis, le village, la tribu, le clan, les ancêtres et les esprits.

L’homme occidental est quant à lui un défricheur: nulle part dans le monde y a-t-il autant d’idées nouvelles et de frontières repoussées qu’en Occident. C’est dans cette quête perpétuelle de la découverte que réside le bonheur des cultures occidentales.

Vous avez consacré votre vie à aller à la rencontre des peuples. Après tout ce parcours, qu’est-ce que vous considérez être la véritable grandeur de l’être humain?
Ce que je trouve de plus grand chez l’Homme, c’est sa capacité à remuer des montagnes quand il est habité par l’amour. La haine est limitée: elle peut amener loin, mais jamais autant que l’amour. L’humanité est d’ailleurs mue par l’amour beaucoup plus que par la haine, sinon elle n’existerait plus.

«Quelqu’un m’a dit un jour ce dicton soufi: ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît, parce que tu ne pourras pas te perdre.» – Olivier Föllmi

Est-ce par amour que vous avez vécu la fabuleuse histoire du Fleuve gelé, qui vous a valu une récompense du World Press Photo, en 1989, et qui raconte votre périple avec Motup et Diskit, deux enfants à qui vous avez fait découvrir le monde?
Oui, à la base, c’est d’abord une grande histoire d’amour. J’ai rencontré ce père de famille dans un village perché dans les sommets himalayens. Il n’avait jamais imaginé qu’il puisse y avoir autre chose que des montagnes sur terre. Je l’ai donc amené à la rencontre de notre civilisation, où il fut émerveillé par tout ce qu’il découvrait. L’eau courante, pour lui, c’était de la magie. T’appuies sur le mur, il y a le jour qui arrive, quand tu appuies à nouveau, le jour s’en va: une lumière, si banale pour nous, devenait extraordinaire à ses yeux!

Quand ce père a vu ça, il m’a demandé de faire connaître ce monde à son fils. J’ai donc amené le petit Motup à l’école, qui était à 150 km du village – à pied. Il est resté trois ans en pensionnat; puis au bout de ces trois ans, nous avons formé une caravane pour qu’il passe des vacances chez lui. Et la seule route praticable pour retourner au village, c’était un fleuve gelé pendant quelques semaines en hiver.

La maman a été subjuguée par son enfant lorsqu’elle l’a revu. Il savait lire et écrire, et c’était le seul du village à posséder ce savoir. Son fils, à ses yeux, avait apprivoisé un monde auquel elle n’avait jamais eu accès, elle.

Puis, au moment de ramener le petit à l’école, la mère m’a demandé de faire vivre la même chose à sa fille. Elle m’a dit : je vous confie mes enfants, ce sont désormais les vôtres. Et cette histoire d’amour dure depuis 30 ans, nous sommes encore tous en contact. La petite fille d’alors sera d’ailleurs avec moi l’hiver prochain pour les Grands Explorateurs. Elle découvrira pour la première fois l’Amérique – avec son enfant, parce qu’elle est devenue maman maintenant…

Quel conseil donneriez-vous aux enfants, aujourd’hui, pour qu’ils vivent heureux?
J’aimerais leur dire qu’il y a beaucoup de vies qui sont possibles, et que s’il existe des limites, elles ne sont que dans nos têtes. J’estime qu’il y a un dieu en chaque Homme : du moment où quelqu’un a la volonté de réaliser sa passion, le monde lui appartient.

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