David Riendeau/TC Media Bernard Vallée, militant de la première heure du Comité logement du Plateau, croit toujours à l'utilité de l'éducation populaire pour faire bouger les choses.

À une époque où la modernité impliquait de raser l’ancien pour faire du neuf, une poignée d’idéalistes du carré Saint-Louis sont montés aux barricades pour le droit des locataires. Quarante ans de coups d’éclat plus tard, le Comité logement du Plateau-Mont-Royal revisite les lieux qui ont marqué la lutte pour l’accès au logement dans le quartier.

Les premières actions du Comité logement du Plateau remontent à 1974, se remémore Bernard Vallée, un de ses membres fondateurs. «Un promoteur voulait construire deux tours au 333 Sherbrooke Est, dont la hauteur allait faire de l’ombre à longueur de journée sur tout le carré Saint-Louis, se souvient-il. C’était un non-sens, car les familles avaient besoin de logements abordables et le projet allait nuire au patrimoine du quartier.»

Plusieurs militants et des résidents du secteur se sont mobilisés contre le projet. «On a alerté tout le monde, on a fait des manifestations. À force de coups d’éclat, le projet n’a pas eu lieu!»

Si les plans de l’administration Drapeau avaient été mis à exécution, le Plateau-Mont-Royal, tel qu’on le connaît aujourd’hui ne serait plus qu’un lointain souvenir, soutient M. Vallée. «L’administration Drapeau avait projeté que le futur Grand Montréal allait abriter 7 millions d’habitants et que tout le centre de l’île deviendrait un vaste quartier administratif. Par conséquent, il fallait raser tous les quartiers périphériques au centre-ville. La destruction de logements a commencé dans le centre-sud, à l’emplacement actuel de Radio-Canada, puis dans le sud-ouest à Griffintown. Ensuite, c’était le tour d’Hochelaga, de la rue Saint-Denis et du Mile-End.»

Hauts et bas d’un militant
En 1975, le Comité logement du Plateau défraye la manchette une fois de plus. Ses membres squattent des maisons sur la rue Saint-Norbert destinées à la démolition. «L’administration avait fait couper l’eau pour abréger le siège, se souvient Bernard Vallée. Un col bleu m’a raconté plus tard que les gars avaient gardé une source d’alimentation ouverte pour nous permettre de boire. Au fond, plusieurs gens étaient d’accord avec nous.»

L’occupation durera 15 jours. «Le promoteur a finalement construit son projet, mais je pense que notre action a ébranlé les certitudes des autorités», estime M. Vallée.

Le militant de longue date croit que le Comité logement du Plateau peut revendiquer sa part de mérite dans une plus stricte surveillance municipale des propriétaires peu soucieux à l’idée de protéger leur bâtiment des incendiaires.

«Dans le quartier, on pouvait compter 300 incendies par année. Les propriétaires qui voulaient vendre à des promoteurs laissaient pourrir les maisons et laissent les portes débarrées en attendant qu’une personne vienne allumer un incendie. Pendant qu’une maison brûlait, les voisins sortaient leur chaise sur leur perron et regardaient ça flamber en buvant leur bière. Saint-Louis brûlait, c’était normal. Les gens étaient d’un grand fatalisme. Peu à peu, le comité a fait son travail d’éducation populaire pour aider à donner plus de fierté aux résidents.»

De nombreux défis attendent le Comité logement du Plateau pour les années à venir. Bernard Vallée craint que la gentrification ne monopolise le développement dans l’arrondissement. «Il ne faut pas oublier que la moitié de ses résidents ont un statut précaire. Les promoteurs sont prêts à mettre un prix fou pour acquérir le moindre terrain disponible. Il ne reste plus d’endroits pour le logement communautaire. On aimerait que la Ville consacre des espaces des terrains qu’elle n’utilise plus pour les familles à faible revenu.»

Pour célébrer ses 40 ans d’actions, le Comité logement organisera le samedi 16 mai, un circuit qui visitera les endroits symboliques dans la lutte pour le logement du quartier et de Montréal. Bernard Vallée animera lui-même l’activité. Informations au 514-527-3495.

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