Dix ans après la mort de Fredy Villanueva, des citoyens et représentants de divers milieux de la communauté de Montréal-Nord se sont rassemblés jeudi pour honorer sa mémoire. Dans une cérémonie pleine d’émotion, l’absence d’un lieu clair de commémoration a de nouveau été critiquée.

À 19h11 précises, quatre puissants coups de tambour ont retenti dans le stationnement du parc Henri-Bourassa avant de laisser place à un silence pesant. Dix ans plus tôt, au même instant et au même endroit, Fredy Villanueva était atteint par au moins deux des quatre tirs du policier Jean-Loup Lapointe. Il décédera moins de deux heures plus tard à l’hôpital du Sacré-Cœur.

Ce jeudi 9 août, lors d’une cérémonie hommage, les proches et amis du jeune homme se sont recueillis en compagnie de citoyens et de représentants des milieux communautaire, associatif, religieux et institutionnels de l’arrondissement. Plusieurs d’entre eux ont pris la parole pour souligner l’importance de se souvenir de ce drame.

«Quand un peuple n’a pas de mémoire, il risque de répéter son histoire. On n’a pas le droit d’oublier Fredy», a lancé Jacqueline Perez, membre du comité de soutien et proche de la famille Villanueva.

Ce devoir de mémoire était sur toutes les lèvres lors de cette soirée forte en émotion. Pour Bochra Manaï, coordonnatrice de la Table de concertation jeunesse de Montréal-Nord, le nom de Fredy Villanueva est désormais lourd de sens.

«Fredy c’est devenu un symbole de toutes les jeunesses qui sont vulnérables face aux problèmes de la société. Ça concerne Montréal-Nord, mais c’est devenu une icône du Québec, même canadienne et internationale. C’est lui qui symbolise le profilage et la brutalité policière. Dire son nom c’est une façon de dire: “Plus jamais ça’’», a-t-elle estimé.

Jonathan Duguay, agent de milieu pour l’organisme Un itinéraire pour tous, pense lui que ces commémorations sont primordiales pour poursuivre le travail amorcé dans le quartier.

«Ç’a ouvert la parole, là où il n’y en avait pas. On fermait notre bouche et on subissait. C’est Montréal-Nord Républik [Mouvement né après la mort de Fredy Villanueva] qui nous a fait nous développer. Se souvenir nous permet de faire notre deuil et d’avoir une cause à porter», a-t-il expliqué.

Lieu de commémoration
Malgré la tristesse et la douceur de ces commémorations, l’amertume liée à l’absence d’un lieu de commémoration portant le nom ou le visage de Fredy Villanueva a été évoquée par de nombreux activistes. L’arrondissement de Montréal-Nord aménage en ce moment un lieu de mémoire nommé la place de l’Espoir qui ne fera toutefois aucune mention du jeune homme. Un choix qualifié de «rassembleur» par la mairesse Christine Black, mais qui nourrit encore de la frustration dans le quartier.

«J’ose espérer que la mairesse va entendre raison avant l’inauguration et faire quelque chose qui va marquer le nom de Fredy Villanueva. Je ne crois pas beaucoup en la mairesse Black, mais j’espère que la mairesse Plante va prendre ce dossier en charge pour qu’on ait une thérapie, qu’on parle de cet enjeu et qu’on arrête de se cacher», a indiqué Will Prosper, cofondateur de Montréal-Nord Republik.

Symboliquement, ce dernier a accroché le visage de Fredy Villanueva sur le panneau des travaux de la place de l’Espoir. Même si cette proposition de dénomination ou l’idée d’une murale ont été critiquées par des citoyens ou la Fraternité des policiers, le député de Québec solidaire Amir Khadir croit que le pouvoir politique nord-montréalais doit envoyer un message fort.

«C’est à eux de décider et non à la direction de la police. C’est un premier pas pour changer le rapport de force et montrer qu’on est à l’écoute des citoyens. Ça commence par ça», a précisé l’élu de Mercier.

La soirée s’est terminée par une marche blanche menée par les proches de Fredy Villanueva qui ont déambulé silencieusement dans un quartier qui, dix ans après, est encore marqué par ce drame.

 

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