Bien que le directeur des Travaux publics de L’Île-Bizard ait perdu son mandat à la suite du dévoilement d’une pratique de paiement de frais de déplacements fictifs, ce dernier demeurera payé en attendant son prochain emploi à la Ville de Montréal. Il a un an pour être relocalisé.

Le fait que M. Brideau n’est plus à l’emploi de l’arrondissement a été annoncé lundi via une note de service transmise à tous les employés. M. Brideau qui était en congé forcé depuis le 5 février a été avisé par courrier certifié. Il était directeur des Travaux publics de L’Île-Bizard-Sainte-Geneviève depuis 2003.

«On en est venu à la conclusion que ça serait très difficile de continuer à travailler avec M. Brideau dans les circonstances. Le lien de confiance a été brisé», affirme le maire Normand Marinacci en entrevue avec TC Media.

Relocalisé à Montréal
Selon M. Marinacci, pour faire en sorte que le directeur des Travaux publics ne soit plus à l’emploi à L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, l’arrondissement avait le choix entre le retrait de son mandat ou un congédiement pour cause qui aurait eu pour effet que M. Brideau se serait retrouvé devant rien.

«On a décidé de lui retirer son mandat. J’ai parlé au service des relations de travail de la Ville de Montréal et ils vont essayer de lui trouver un poste ailleurs le plus tôt possible», précise M. Marinacci.

M. Brideau quitte donc son mandat à L’Île-Bizard, mais conserve son salaire de cadre de la Ville de Montréal. Celui-ci est de 130 000$ annuellement.

Rappelons que cette pratique de réclamations pour des déplacements fictifs a été révélée dans un rapport d’enquête du contrôleur général de la Ville de Montréal. Cette façon de faire a été instaurée en 2011 à la suite du retrait de camionnettes à trois contremaîtres lors de leurs périodes de garde. En contrepartie de l’utilisation de leur véhicule personnel, la direction de l’arrondissement avait proposé à ceux-ci de leur rembourser des frais de déplacements fictifs de 39 km par jour de garde.

L’arrondissement a payé l’équivalent de 15 640$ en frais de déplacements fictifs.

Pas la bonne approche
Dans le rapport, le contrôleur général, Alain Bond mentionne qu’il croit que les responsables ont agi de bonne foi et affirme qu’ils n’ont toutefois pas choisi la bonne approche. Il recommande à l’arrondissement de mettre fin au stratagème et de réfléchir à des solutions potentielles après l’arrêt de cette pratique. Nulle part, on ne parle de mettre fin au mandat d’employés. Pourquoi le maire a quand même décidé de mettre fin au mandat de M. Brideau?

«Ils ont agi de bonne foi. Moi, je n’achète pas cette conclusion. C’est tolérance zéro pour la corruption. Dans mes standards, je ne pouvais pas dire ils ont fait ça de bonne foi, car malgré l’avertissement de la directrice d’arrondissement, ils ont continué avec l’accord des élus. Je blâme beaucoup les anciens élus en poste. Les contremaîtres se faisaient payer 1850$ de plus par année. C’est du salaire déguisé. C’est un avantage fiscal puis c’est de l’argent que les citoyens n’auraient jamais dû payer», exprime le premier magistrat, membre du parti de Mélanie Joly – Vrai changement pour Montréal.

Saine gestion ou carnage administratif
De son côté, le directeur André Brideau est à l’aise avec la façon dont les réclamations étaient remplies. «Il n’y a rien qui était fait en cachette. Les réclamations étaient signées et envoyées à Montréal. La directrice d’arrondissement était au courant et les élus aussi. Je n’ai pas décidé ça tout seul dans mon coin. La pratique n’était peut-être pas la bonne, mais si ça avait été malveillant, on serait dehors depuis longtemps», exprime M. Brideau.

Il ajoute que L’Île-Bizard est un petit arrondissement où on compte seulement trois contremaîtres. «Les semaines de garde reviennent rapidement. Après le retrait des camionnettes, on voulait trouver un moyen de leur donner un avantage. Ces frais qui ont été payés aux contremaîtres servaient à couvrir leurs frais de déplacements avec leurs véhicules personnels lors de leur période de garde pour les appels d’urgence de l’arrondissement», explique-t-il.

Selon lui, M. Marinacci cherchait une façon de le mettre à la porte en se servant que de courts passages dans le rapport.

M. Brideau ajoute qu’il trouve triste ce qui se passe à l’arrondissement. «Près de 20 employés ont quitté ou ont été déplacés dans la dernière année. Certains ont quitté d’eux-mêmes parce qu’ils n’en pouvaient tout simplement plus de fonctionner dans une structure charcutée. Il faut aller dans le sens de l’administration en place, sinon ça ne fonctionne pas.»

Au lendemain de la nouvelle, le conseiller de l’opposition, Éric Dugas, qui faisait partie de l’ancienne administration, a rapidement fait part à TC Media qu’il se dissocie de cette démarche du conseil.

«À aucun endroit dans ce rapport, il n’a été question de fraude ou de malversations et encore moins de mesures disciplinaires à prendre contre ces mêmes personnes. Cette démarche démontre une fois de plus que le maire poursuit son carnage administratif», mentionne M. Dugas.

Le maire ne l’entend pas de la même oreille. «On fait un nettoyage. Ce n’est pas un carnage administratif, mais plutôt une saine gestion. Certaines coupures de postes sont en lien avec la demande de Montréal de réduire les effectifs. Je ne m’amuse pas à  me départir des gens. On prend des décisions pour améliorer la structure afin qu’elle soit plus efficace et qu’on sauve de l’argent si c’est possible. Dans le cas de M. Brideau, j’ai été forcé par les événements», argumente Normand Marinacci.

Le maire dit être encore en réflexion sur les sanctions qui pourraient être soumises aux trois contremaîtres dans ce dossier.

Après le congédiement de l’ancienne directrice d’arrondissement, Claire Vassart, en mai 2014 et le départ du directeur des Loisirs, Mathieu Lapierre en janvier dernier, André Brideau était le dernier cadre de service encore à son poste depuis l’élection de M. Marinacci à la mairie de L’Île-Bizard en novembre 2013.

 

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