Bien que deux couvents soient passés aux mains du privé à Outremont au cours des derniers mois, le patrimoine religieux de l’arrondissement «se porterait bien» jusqu’ici, alors qu’un seul de ses lieux de culte est présentement en transformation.

L’unique église catholique anglophone de l’arrondissement, Saint-Raphaël-Archange, construite en 1932 et située à l’intersection des avenues Lajoie et de Vimy, deviendra éventuellement une maison de soins palliatifs.

Selon une étude du Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ), qui exclut les couvents et les monastères, Outremont comptait 13 églises et chapelles en fonction en 2003, dont les églises Sainte-Madeleine, Saint-Germain, Saint-Viateur et la Cathédrale russe orthodoxe Saint-Nicolas. En pourcentage, le changement de vocation de l’église St-Raphaël ne représente que 7% du patrimoine de l’arrondissement, loin de la moyenne montréalaise.

Selon la base de données de Conseil du patrimoine, il y aurait présentement 77 cas de mutation sur un total de 470 lieux de culte dans l’agglomération de Montréal. C’est donc dire que 16.3% des établissements ferment leurs portes, se font démolir ou transformer en résidences privées, en locaux municipaux, etc.

Au Québec, sur 2751 lieux de culte, 475 se trouvent présentement en mutation, soit près de 1 sur 5. Un phénomène qui prend de l’ampleur depuis plusieurs années. En 2014, 72 lieux se trouvaient en mutation à Montréal, alors qu’entre 2011 et 2014, il n’y en avait que 45.

«Au Québec, nous arrivons dans une phase d’accélération des ventes des couvents et des églises, explique M. Boucher. À Montréal cette progression est un peu moins rapide.» Un ralentissement principalement dû au moratoire sur la vente des églises, imposé par le diocèse de Montréal entre 2012 et 2014.

Les survivantes
«À Outremont, peu d’églises font partie de l’enquête sur le changement d’usage du Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ) jusqu’à maintenant, souligne Denis Boucher, directeur général du CPRQ. N’en demeure pas moins, qu’il faut demeurer réaliste sur la capacité des propriétaires à maintenir ces bâtiments.»

Pour le président de la Société d’histoire d’Outremont, Jean A. Savard, l’attachement des gens d’Outremont envers leur patrimoine religieux est énorme, mais la désaffection des lieux de culte pose les mêmes problèmes qu’ailleurs.

«On tente de leur trouver des fonctions et je dois dire que nous sommes assez imaginatifs jusqu’ici, lance-t-il. Mais ces églises n’ont plus de curés et sont moins fréquentées, alors le futur risque d’être plus difficile.»

Pour M. Savard, l’arrondissement, en plus de réunir plusieurs confessions différentes, compte des merveilles architecturales, dont il sera toujours impossible de se départir.

«Nos églises Sainte-Madeleine, Saint-Germain, Saint-Viateur, sont des monuments qui devront être conservés.»

«Sans les couvents, nous n’aurions pas eu d’éducation jusqu’en 1968. C’est aussi grâce à ces bâtiments que l’on a pu être soigné. Alors on ne peut que se désoler de les voir partir», raconte M. Savard, précisant qu’on ne peut faire autrement que d’accepter ces pertes.

Lieux de culte: réfléchir leur transformation
Le phénomène de mutation des lieux de culte prend de l’ampleur depuis plusieurs années, mais heureusement la réflexion autour de la transformation de ces lieux a, elle aussi, gagné du terrain.

Par exemple, les Sœurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception se sont assurées de choisir un projet qui respectait leurs valeurs, avant de se départir de leur couvent; soit un projet d’habitations multigénérationnelles.

«La mutation de Saint-Raphaël Archange démontre aussi les efforts qui sont faits pour trouver des usages qui sont plus compatibles, plus proches de la fonction d’origine», explique M. Boucher.

Selon lui, l’une des avenues les plus intéressantes est le changement de confession. «Certaines communautés culturelles sont en croissance et elles peuvent avoir besoin de lieux de culte plus grands». Au Québec, en 2014, sur les 434 lieux en mutation, 68 étaient en processus de transformation pour accueillir une nouvelle tradition religieuse.

Le moratoire imposé par le diocèse visait notamment à revoir sa stratégie concernant la vente de ces lieux de foi.

«Désormais, ces bâtiments doivent répondre aux besoins du plus grand nombre possible. Il faut d’abord se poser la question, est-ce que ces projets peuvent être le fruit du secteur public avant que le secteur privé soit envisagé», explique M. Boucher.

La fonction d’origine et les symboles importants sont aussi souvent mis en valeur dans les nouveaux projets. Pensons notamment à la conservation de la chapelle dans le projet de condos de luxe qui prendra place au 1420, Mont-Royal.

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