Collaboration spéciale Les fouilles archéologiques ont eu lieu du 17 juin au 4 juillet l’été dernier.

Un grand cimetière français datant des années 1700 a été découvert par des scientifiques montréalais, lors de fouilles archéologiques réalisées dans le quartier de Pointe-aux-Trembles l’été dernier. Une soixantaine de sépultures et plusieurs artefacts ont été trouvés près du terrain de l’actuelle Maison du Citoyen, située à l’angle du boulevard Saint-Jean-Baptiste et de la rue Notre-Dame.

«C’était une découverte très intéressante à faire. Les ossements que nous avons trouvés étaient dans un très bon état de conservation, ce qui est très rare, explique l’archéologue et chargée de terrain pour les fouilles des sépultures, Rebecca Janson. Huit des soixante-trois squelettes étaient intacts. Les autres avaient quelques os absents aux extrémités, mais rien de majeur.»

Les archéologues ont des raisons de croire que le cimetière, ouvert de 1709 à 1843, a été surutilisé pendant de nombreuses années.

«Il y avait trois niveaux différents pour enterrer les corps. Ceci est expliqué par le fait qu’il a été très plein à certaines époques», signale l’archéologue et chargé de projet, Simon Santerre.

Des découvertes surprenantes
La partie de cimetière qui a été retrouvée dans une frange de terre de 2 par 15 mètres, contenait les dépouilles d’une quarantaine d’enfants, dont une douzaine étaient des fœtus.

«Tous les ossements des enfants étaient empilés dans un même endroit, raconte Mme Janson. Il y avait un espace où nous avons trouvé six petits squelettes enterrés très près les uns des autres. Nous pensons qu’il s’agissait peut-être d’un tombeau familial ou d’une fosse commune.»

L’archéologue souligne, encore une fois, le bon état de conservation des squelettes, tout particulièrement, ceux des enfants.

«Il est rare de trouver des os en aussi bon état. Surtout des os d’enfants, car ils sont beaucoup plus fragiles que ceux des adultes, alors c’est une découverte très intéressante», dit-elle.

Les corps de 23 adultes, dont trois personnes âgés ont aussi été trouvés sur les lieux des fouilles. Jusqu’à maintenant, les ossements de 12 femmes et 4 hommes ont été identifiés.

«Ce sont les résultats de nos premières analyses, mais tout cela pourra être confirmé lors des analyses de laboratoire», signale Mme Janson.

Plusieurs objets dont des cercueils rectangulaires, des épingles, des boutons de manchette, un chapelet ainsi qu’un foyer de pipe hollandaise blanche ont aussi été trouvés sur les lieux.

Le mode de vie des ancêtres de Pointe-aux-Trembles
Robert Larocque, bio-archéologue responsable des fouilles en question, indique que des études scientifiques seront réalisées auprès de la collection de squelettes afin de déterminer le mode de vie des individus.

Les squelettes retrouvés étaient en très bon état.

Les squelettes retrouvés étaient en très bon état.

«Il y a beaucoup de choses qu’on peut apprendre sur le passé des gens en étudiant des ossements, dit-il. On peut étudier l’ADN et faire des analyses isotopiques pour en apprendre davantage sur les conditions de vie de l’époque. On peut, par exemple, reconstituer le régime alimentaire des personnes, et si on pousse assez loin, déterminer l’âge à laquelle un enfant a été sevré.»

Il conclut en expliquant qu’il est également possible d’identifier les pathologies qui auraient pu affecter les personnes tout au long de leur vie.

«Les caries, les fractures, la syphilis, l’arthrite, ce sont toutes des maladies qui sont encore très visibles dans les squelettes, indique M. Larocque. À Pointe-aux-Trembles, nous avons remarqué qu’il y avait beaucoup de rachitisme chez les femmes. Les os de leur bassin étant déformés, elles avaient beaucoup de difficulté à donner naissance. Ceci pourrait expliquer pourquoi on a trouvé autant d’enfants décédés à l’âge périnatal.»

Exposer les découvertes: une première à Montréal
Les objets trouvés lors des fouilles réalisées dans le Vieux-Pointe-aux-Trembles, pourraient éventuellement être exposés à la population dans la future Maison du Citoyen.

Selon Marie-Claude Morin, archéologue à la Division du patrimoine de la Ville de Montréal, il s’agirait d’une première dans la métropole.

«Nous avons le souhait d’organiser une exposition à la Maison du citoyen pour que la population puisse contempler les ossements et artefacts découverts lors de ces fouilles, explique Mme Morin. Nous ne savons pas encore quelle forme ça prendra, mais ça serait une première à Montréal.»

Pour sa part, l’archéologue responsable des fouilles, Robert Larocque, indique qu’habituellement, les scientifiques sont hésitants à exposer des ossements en raison de la réaction des citoyens.

«Les gens ont tendance à penser qu’on perturbe le repos des défunts, mais il faut comprendre que pour nous, c’est une façon de préserver la richesse historique de ces découvertes qui font partie de notre patrimoine, explique M. Larocque. Alors, ce sera une première à Montréal, mais je pense qu’il le faut pour que les citoyens puissent comprendre l’impact de notre travail au sein de la société.»

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