Montage: Steve Côté Un montage infographique des brebis qui auraient été localisées dans trois parcs : le parc Rosemont, le parc Jean-Duceppe et le parc Pélican (ci-contre)

Le projet-pilote de brebis urbaines chargées de tondre les pelouses de trois parcs du secteur Rosemont, tout en sensibilisant la population à l’agriculture urbaine a été repoussé à l’année prochaine.

Les brebis étaient choisies, le slogan trouvé (Paturer, Éduquer, Égayer), et le maire de l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie avait prévu une séance spéciale du conseil d’arrondissement pour avaliser le projet. Sauf que le financement extérieur escompté par les deux bergers urbains derrière Biquette à Montréal ne s’est pas concrétisé et il serait désormais trop tard pour penser boucler tout le budget grâce à la campagne de socio-financement sur le web.

«C’est pourtant certain que ce concept marcherait à Montréal; il y a plein de terrains qui conviendraient et qu’on pourrait rejoindre avec nos brebis par l’intermédiaire des ruelles», affirme Marie-Ève Julien-Denis, qui s’est déjà impliquée dans le projet de chèvres urbaines dans une ville de 90 000 habitants du nord de la France

Le problème, c’est que le Québec n’est pas tout à fait la France, du moins du point de vue des règles d’hygiène. «En France, c’est pas compliqué. Quand tu es berger sans terre, tu repères sur le cadastre les terrains municipaux utilisables et tu passes un petit coup de fil aux fonctionnaires municipaux. L’hiver, les vignerons cherchent aussi des moutons qui vont désherber leurs terres, car ils n’ont pas le droit d’étendre de produits chimiques. En comparaison, au Québec les normes sanitaires sont un vrai casse-tête», souligne son comparse Mathyas Lefebure, ancien publicitaire québécois reconverti en berger français et auteur à succès, après un passage remarqué à Tout le monde en parle en 2007.

Alors qu’en France les gens se battaient pour récupérer le crottin afin de fertiliser leurs plantes, ici il faut tout composter à température élevée. Impossible aussi de faire boire les bêtes dans une fontaine. Il y a également la question des passages sur la voirie à régler, celle des odeurs et quand vous avez une question technique, n’attendez pas une réponse du ministère de l’Agriculture trop rapidement, déplore l’auteur du livre D’où viens-tu berger?

Même l’Union des producteurs agricoles est réticente à financer le projet, notamment parce qu’aucune production agricole n’est en jeu. «On essaie de leur dire qu’on va sensibiliser les gens à l’agriculture urbaine et que, d’ici deux ans, on espère fournir le fromage du 375e de Montréal avec les brebis qu’une ferme de Mont-Laurier  (Ferme gastronomique chez Anouk) accepte de nous prêter, mais pour l’instant, c’est toujours l’incertitude», indique le berger Lefebure.

Au moins, certains décideurs montréalais semblent ouverts. Le maire de l’arrondissement, François Croteau, qui a déjà pris position en faveur des moutons-tondeuses dans les parcs soutient le projet, même s’il ne se réalise pas cette année. «On n’a pas l’intention de le permettre à grande échelle, mais pour des projets précis à valeur éducative et utilitaire, c’est très intéressant. Ce n’est que partie remise», souligne M. Croteau.

Les deux bergers ont aussi trouvé une oreille attentive au Technopôle Angus, qui héberge déjà des ruches, un marché public et qui compte construire sur le site de Rosemont un quartier vert. Quant à l’élu responsable de l’environnement à la Ville, Réal Ménard, il aurait promis de faire évaluer la conformité du projet-pilote relativement aux règles d’hygiène, de circulation ou même de travail, sachant que les moutons viendraient concurrencer les cols bleus chargés de la tonte des pelouses en vue d’une extension possible du projet dans l’avenir.

À ceux qui doutent du concept, Mathyas Lefebure rappelle que plusieurs villes de Suisse, de France (Grenoble, Bagnolet, Paris à la Grande-Bibliothèque) et des États-Unis (Seattle, Cleveland, Détroit) l’expérimentent déjà. «On fonctionnerait avec une dizaine de brebis, un enclos mobile et une bergerie urbaine de 8×16 qui permettrait d’éviter que les brebis partent dans tous les sens et qu’on barrerait la nuit pour éviter de se faire voler les animaux», explique en rappelant que les animaux ont des vertus bénéfiques sur le tempérament des gens.

Le projet-pilote était évalué à 20 000$ pour 4 à 6 semaines (infrastructures, transport, moutons, sensibilisation et salaires compris). Une campagne de sociofinancement devaient être annoncée pour compléter le budget de fonctionnement. Elle est remise à l’année prochaine. On leur a déjà suggéré de nommer le futur fromage Made in Montréal au nom du plus gros donateur.

Présentations du projet

  • Montréal accueillerait 10 brebis de type Icelandic, espèce connue pour sa robustesse
  • Elles n’auront besoin que d’un peu de foin pour compléter leur broutage
  • Ce sont des brebis laitières, pas destinées à l’abattage pour rassurer les animalistes
  • Elles pourraient contribuer à créer le futur fromage du 375e de Montréal
  • Elles produisent un crottin moins azoté (moins odorant) que les vaches ou les chevaux
  • Le crottin sera composté puis éventuellement offerts aux jardins communautaires

Des moutons urbains vu d’ailleurs
Pour l’aspect social, l’expérience de Bagnolet en banlieue parisienne.

Pour le côté écologique (quel type de moutons et quel type d’herbe), l’expérience de Paris.

Aussi dans Actualités :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!