Une page de l’histoire de Saint-Laurent se tourne. La congrégation des Sœurs de Sainte-Croix, présente depuis 1847, vend ses derniers bâtiments à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), léguant ainsi son œuvre d’enseignement.

«Bienvenue dans notre infirmerie et dans votre future école secondaire.» Par ces mots, sœur Raymonde Maisonneuve a accueilli les visiteurs au pavillon Saint-Joseph, situé sur le boulevard de la Côte-Vertu, mardi.

Le vaste terrain de plus de 60 000 m2 entre le Collège Vanier et le centre commercial Montpellier a été cédé pour 23,5 M$. «Un cadeau des sœurs», souligne la présidente de la CSMB, Diane Lamarche-Venne. La somme correspond à presque la moitié de la valeur foncière, estimée à 42,3 M$.

2 000 élèves
À terme, les quatre bâtiments, pour le moment appelés Campus laurentien, pourraient accueillir 2 000 élèves.

«Nous devons planifier la scolarisation face à la croissance sans précédent que connaît notre territoire, explique-t-elle. La résidence Sainte-Marie est présentement inoccupée et pourrait faire l’objet de travaux incessamment.»

Les premiers élèves sont attendus pour 2021, voire avant. «Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a dit vouloir accélérer le processus pour la réalisation de tels développements. On a un beau projet pour lui», ajoute Mme Lamarche-Venne.

La CSMB, autrefois la commission scolaire Sainte-Croix dans ce secteur, vit une crise inédite. La seule école secondaire de l’arrondissement affiche complet dans ses deux pavillons, sur Decelles et Thimens. Le conseil des commissaires a dû prendre la décision de ne plus inscrire de nouveaux groupes.

Au cours des dix dernières années, la CSMB a dû construire deux nouvelles écoles primaires, en plus d’en agrandir une dizaine d’autres à Saint-Laurent. Une vingtaine d’unités modulaires sont installées dans quatre établissements. Toutes les pistes ont été explorées pour trouver de l’espace, même l’ancien Sears de Place Vertu.

Maintenant locataires
Pour les quelque 180 sœurs qui demeurent encore à Saint-Laurent, une nouvelle ère commence. «Nous sommes heureuses de voir que notre campus deviendra un lieu d’éducation et que les bâtiments seront conservés. Nous léguons le terrain même de notre fondation», confie Sr Raymonde, animatrice générale de la congrégation.

Les Sainte-Croix ont l’intention de rester sur le site jusqu’au départ de la dernière sœur au Canada. En s’installant dans une résidence plus petite, elles deviendront les locataires de la CSMB.

«La relève vient du sud désormais», ajoute Sr Raymonde, alors que les Sainte-Croix sont présentes au Bangladesh, en Haïti, au Mali et au Pérou notamment.

Pour les sœurs aînées, «éducatrices jusqu’au bout de leurs doigts», elle n’exclut pas une collaboration avec la CSMB et les jeunes qui occuperont les lieux.

La future école sera au cœur d’un pôle institutionnel qui comprend le Collège Vanier et le cégep de Saint-Laurent, également fondés par la Congrégation de Sainte-Croix.

«Cette nouvelle est une bouffée d’air frais. Ce sera un grand campus avec les cégeps, l’école Peter-Hall, les jeunes pourront se connaître et partager, tous ensemble. Nous pourrons développer les sports», assure la commissaire scolaire de la circonscription Saint-Laurent – Ouest, Abi Koné.

Cependant, l’avenir des quelque 200 employées de l’infirmerie n’est pas assuré. Consciente qu’il s’agit d’un «grand défi», Sr Raymonde indique que la décision sera entre les mains des nouveaux acquéreurs.

Rester ou vendre?
Depuis cinq ans, les Sœurs de Sainte-Croix étudient les projets de vente. De nombreux promoteurs immobiliers se sont intéressés au terrain pour construire des résidences pour aînés ou des condominiums, alors que la station de métro Côte-Vertu et la gare Montpellier sont à moins d’un kilomètre. Cependant, tout projet de ce type nécessite un changement de zonage, puis le couvent appartient à un vaste ensemble institutionnel.

«Ils n’ont jamais obtenu notre accord de principe, précise le conseiller de Ville, Francesco Miele. Sainte-Croix ne pouvait rester qu’institutionnel.»

Au-delà de l’acceptation par l’arrondissement de Saint-Laurent, les sœurs ont été touchées par le projet éducatif, proposé au printemps dernier, puisqu’il s’agit de l’essence même de la congrégation catholique, dédiée à l’enseignement depuis son arrivée au Canada.

Chez les voisins
«Le projet cadre parfaitement avec nos visées urbanistiques pour ce secteur. Notre souhait a toujours été d’en préserver la vocation institutionnelle. C’est le début d’une nouvelle ère pour ce site à haut potentiel.» – Alan DeSousa, maire de Saint-Laurent

«Nous aurons la possibilité de faire des projets communs avec la CSMB, avec laquelle nous avons déjà de très bonnes relations. Maintenant que nous savons qui seront nos voisins, nous pouvons aller de l’avant dans nos projets, notamment d’agrandissement.» – Jean Laliberté, président-directeur général de l’école Peter Hall, qui accueille 500 élèves à besoins particuliers

«Après tant de promoteurs, la commission scolaire est apparue dans le paysage. Patrimonialement, c’est la meilleure solution. Les sœurs ont bien fait de baisser leur prix. Nous nous assurerons de conserver leur cimetière avec le nôtre.» – Père Yvon Cousineau, paroisse de Saint-Laurent

«Que les terrains soient réservés à un usage pour l’éducation, c’est une bonne nouvelle. Les Sœurs de Sainte-Croix ont une longue histoire avec notre cégep puisqu’elles ont parti notre école de musique. Une salle porte d’ailleurs le nom de sœur Adrienne Milotte, qui en fut l’une des directrices.» – Mathieu Cormier, directeur général du cégep de Saint-Laurent

«Je regrette que le peu de vocations religieuses ait dû entraîner la vente du couvent. Avec les sœurs, nous avions la chance de vivre en bon voisinage. D’autre part, une école est une bonne nouvelle, car la mission de l’église et celle de l’école vont dans le même sens, à savoir la formation de l’homme avec ses dimensions religieuses, intellectuelles, civiles et sociales.» – Mgr Georges Zabarian, recteur de l’église arménienne catholique Notre-Dame-de-Nareg

«Nous sommes impatients d’accueillir la CSMB dans ce secteur de Saint-Laurent, où les sœurs ont développé l’éducation. Nous devrons collaborer avec la Ville pour assurer que le transport et d’autres services soient adéquats.» – John McMahon, directeur général du collège Vanier

«En cette période où il devient de plus en plus ardu pour nos entreprises de combler leurs besoins de main-d’œuvre, il est rassurant de voir que les travailleurs auront tout un avantage à s’installer dans le secteur sachant qu’ils auront à leur portée tous les services essentiels.» – Éric Daignault, président de la Chambre de commerce et d’industrie Saint-Laurent – Mont-Royal

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