Emmanuel Delacour/TC Media La maison de style shoebox sur le boulevard Saint-Michel sera sans doute démolie sous peu, malgré sa valeur historique.

Deux maisons de valeur patrimoniale situées dans Rosemont – La Petite-Patrie  passeront sans doute prochainement sous les bulldozers.

C’est du moins ce qui arrivera, à moins que des citoyens ne se prononcent contre la démolition de ces deux habitations de type « shoebox » (boîte à soulier en anglais).

Une séance du comité consultatif d’urbanisme s’est tenue le mercredi 13 décembre dernier pour annoncer la demande des propriétaires de procéder à des travaux sur les bâtiments qui siéent au 5434, boulevard Saint-Michel et au 7075, rue de Normanville.

«Les résidents ont 30 jours à partir de la séance pour se prononcer par écrit sur la démolition, sans quoi le comité ira de l’avant avec la demande des propriétaires», confirme Marie-Claude Perreault, chargée de communications pour Rosemont – La Petite-Patrie.

Pourtant, ces maisons recèlent une valeur historique importante, selon un expert dans le domaine.

«Même si ce n’est pas de la grande architecture, ces maisons comportent un intérêt patrimonial, souligne David B. Hanna, professeur associé en urbanisme à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Elles représentent l’affranchissement de la classe ouvrière à la fin du 19e siècle, qui était désormais libre d’acheter un petit lopin de terre.»

Malgré le fait que les maisons situées sur la rue de Normanville et sur le boulevard Saint-Michel aient été construites durant la «deuxième vague des shoebox», soit respectivement en 1917 à 1925, il n’empêche qu’elles rappellent un passé historique inédit du quartier, selon M. Hanna.

En effet, avant même que les duplex et triplex ne dominent le paysage urbain de Rosemont – La Petite-Patrie, ces petites habitations furent les pionnières de ces arrondissements qui à l’époque n’étaient que des banlieues.

«C’est la raison pour laquelle elles sont dispersées un peu partout sur le territoire de Montréal. Vers les années 1890, les trains de banlieue et le tramway créent un rayonnement de la ville, car avant cela les développements se faisaient rue par rue. Certains ouvriers décident alors de construire, parfois eux-mêmes, leur maison, et plus souvent qu’on pourrait le croire, loin de leur lieu de travail», affirme le professeur.

Ce dernier se désole du contexte immobilier actuel qui pousse à la densification à tout prix des terrains à Montréal, pour une question de rentabilité, car il encourage la démolition de ces exemples d’architecture.

«Ça ne coûte pas trop cher de les mettre à jour et au goût des consommateurs. De plus, il peut s’agir d’un premier achat idéal pour de jeunes personnes qui désirent être propriétaires, puisque ces maisons sont encore souvent bien situées, à proximité des services et des stations métro», dit M. Hanna.

«Le marché immobilier peut faire rayer de la carte les shoebox si les autorités municipales ne les protègent pas. Je prends l’exemple de Notre-Dame-de-Grâce, où elles sont toutes disparues, il n’y en a plus.»

David B. Hanna, professeur associé en urbanisme à l’Université du Québec à Montréal

Pour sa part, la responsable du patrimoine au comité exécutif de la Ville de Montréal, Christine Gosselin, assure que l’administration a l’intention de préserver l’apport architectural de ces maisons, sous quelques conditions.

«Certaines ne sont plus en bon état et n’ont plus leurs caractéristiques d’origine, comme c’est le cas du bâtiment situé sur le boulevard Saint-Michel. Toutefois, il est possible d’avoir des projets beaux et utiles, si l’on se donne les outils réglementaires pour valoriser les shoebox», insiste Mme Gosselin.

Pour l’instant le Plan d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA) de l’Arrondissement n’inclut pas de mesures visant particulièrement les shoebox, mais de nouvelles règles pourraient être implantées pour permettre des modifications qui leur permettraient de s’intégrer au paysage urbain, selon l’élue.

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