Sébastien Tanguay/Métro L’église orthodoxe antiochoise St. George, située à l’orée de Villeray et construite en 1939, témoigne de l’implantation d’une communauté syrienne orthodoxe à Montréal.

Cet été, les différentes communautés de Montréal convient la ville à célébrer avec elles leur culture. Métro a décidé de souligner leur apport à la vie de la métropole tout au long de la saison. Alors que débute aujourd’hui le tout premier Festival des cultures syriennes, Métro est allé à la rencontre de ce pays millénaire, dont des ressortissants sont enracinés à Montréal depuis le début du dernier siècle. Marhaba bikoum – soyez les bienvenus – dans une Syrie en paix et à deux pas de chez vous.

«La Syrie n’est pas qu’une guerre : c’est un pays millénaire situé à la jonction de la mer et du désert, véritable carrefour de plusieurs civilisations», explique dans un impeccable français Marya Zarif, cofondatrice de la Maison de la Syrie et du Festival des cultures syriennes, que la jeune femme porte à l’attention de Montréal pour la première fois cette semaine.

C’est par refus de voir son pays d’origine être réduit uniquement au théâtre du plus sanglant conflit depuis le début du siècle que Mme Zarif et ses acolytes ont décidé, bénévolement, de partager la richesse culturelle syrienne avec la ville qu’elle a adoptée il y a 16 ans.

«La Syrie est extrêmement diversifiée, elle n’est pas que musulmane», raconte celle qui veut montrer le visage incomparable de sa terre natale, où on retrouve «des Druzes, des chrétiens, des Arméniens, des Juifs, des Kurdes, des musulmans…»

C’est aussi pour atténuer la peur et les réflexes xénophobes qu’a suscités l’accueil de quelques milliers de réfugiés syriens au Québec que ce festival est né.

«Connaître quelqu’un, c’est être plus à même de l’aimer», croit Mme Zarif. Dans l’urgence de la crise humanitaire qui a lieu depuis cinq ans en Syrie, le Québec a ouvert ses portes aux victimes de la guerre, dans un contexte où les musulmans sont souvent associés aux islamistes dont, ils sont les premières victimes. «Ces gens font l’objet d’une certaine ignorance, se désole la cofondatrice du festival. Nous refusons ce visage qu’on appose injustement aux Syriens.»

actu-marya-zarif«Montréal est devenu notre foyer. Ici, il y a de l’espace pour vivre et s’épanouir.» –Marya Zarif, cofondatrice de la Maison de la Syrie et du Festival des cultures syriennes

La Petite Syrie du Vieux-Port
Des Syriens qui sont d’ailleurs loin d’être nouvellement arrivés au Québec. Depuis plus d’un siècle, une communauté issue de la Syrie, aujourd’hui forte de quelque 18 000 personnes, façonne le paysage de Montréal. Au début du XXe siècle, l’arabe résonnait au creux des échoppes de la rue Notre-Dame Est. Le quartier qui s’étendait aux abords du Palais de justice était alors connu comme la Petite Syrie.

Aujourd’hui, la majorité des Québécois d’origine syrienne habitent Saint-Laurent et Ahuntsic-Cartierville. Les quelques milliers d’exilés de la guerre en Syrie ayant trouvé refuge à Montréal constituent la dernière vague migratoire à atteindre la métropole. Certaines de ses représentantes partageront leur savoir culinaire avec les Montréalais ce soir, au restaurant Kaza Maza de l’avenue du Parc, dans le cadre du festival.

«C’est elles qui ont demandé si elles pouvaient faire quelque chose, explique Marya Zarif. Elles ne parlent pas encore français, mais veulent partager ce qu’elles sont. La cuisine, c’est leur langage.»

Lorsqu’on lui demande si les cultures syriennes présentées dans le cadre du festival sont en perdition, vu la tragédie qui se déroule en Syrie, Mme Zarif se montre optimiste.

«Toute culture doit évoluer. La Syrie renaîtra de ses cendres, plus forte. Créer, après tout, c’est aussi résister.»

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