Jeff J Mitchell La place Tahrir au Caire

Les Égyptiens retournent aux urnes aujourd’hui, pour choisir leur premier président élu démocratiquement. Les manifestations de la place Tahrir ont porté leurs fruits, mais ironiquement, un ancien ministre du président déchu, Hosni Moubarak, pourrait l’emporter.

Mona Al-Qazzaz, 25 ans, étudiante au doctorat, est fébrile à l’idée de voter. «Je ne l’ai jamais fait, dit-elle. C’est un sentiment incroyable.»

L’enthousiasme de Mona se comprend: les 23 et 24 mai 2012 sont des jours historiques, ceux des premières élections présidentielles libres, le motif pour lequel elle s’est battue, à titre de manifestante de la place Tahrir.

Le vote suit un turbulent processus de nominations qui a permis d’approuver 13 candidatures. «Cette élection n’a rien à voir avec l’idéologie, l’économie ou tout autre enjeu, analyse le sondeur égyptien H. A. Hellyer. Elle a tout à voir avec les personnalités qui briguent la présidence. Et il est hautement improbable que quelqu’un d’autre que Amr Moussa gagne.»

Amr Moussa était le ministre des Affaires extérieures au sein du régime d’Hosni Moubarak, jusqu’à ce que le gouvernement tombe. Il est alors devenu secrétaire général de la Ligue arabe. Même si le but de la révolution était de se débarrasser de Moubarak et de son régime, Moussa est clairement devenu le meneur de la campagne électorale.

«Il a réussi à refaire son image. Il n’est pas vu comme faisant partie de la vieille garde, note M. Hellyer. Et l’armée l’accepte.» Le soutien de l’armée est essentiel pour gagner l’élection, étant donné que la majorité des Égyptiens fait confiance aux militaires.

Abdel Moneim Aboul Fotouh, un autre candidat du peloton de tête, est un ancien membre des Frères musulmans, qui a trouvé le moyen d’obtenir le soutien de libéraux, d’islamistes purs et durs et même de communistes.

Le candidat officiel des Frères musulmans, Mohamed Morsi, arrive troisième dans les sondages d’opinion. Mais avec une grande proportion d’indécis, le résultat est incertain. Sans compter que l’appui au dernier premier ministre d’Hosni Moubarak, Ahmed Shafik, s’accroissait aux derniers jours de la campagne.

«L’enjeu de cette élection est la transition de l’Égypte vers la démocratie, fait valoir Daud Abdullah, directeur général du journal Middle East Monitor. Avec un nouveau président, nous avons l’espoir d’obtenir une nouvelle constitution qui permettra au pays d’aller de l’avant.»

Témoignage: «Je suis très excitée»
Sarah Attia, ingénieure et mère de trois enfants, résidante du Caire

«Je suis très excitée à l’idée de voter. Je suis convaincue que nous aurons une vraie démocratie, parce que les Égyptiens vont manifester jusqu’à ce qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent. «J’ai été à la place Tahrir pendant plusieurs jours et mon mari y était à partir du premier jour. Ce qui s’est passé à la place Tahrir a montré au monde que les Égyptiens ne garderont pas le silence devant n’importe quelle injustice.

«Plusieurs de mes amis ont pris la rue, parlé aux gens et expliqué leur démarche. Je crois que cet enthousiasme se reflétera aux urnes. Bien sûr, il y a des gens cyniques, et c’est souvent ceux qui parlent aux médias étrangers.»

«Je vais voter pour Mohamed Morsi [candidat des Frères musulmans], parce que ce parti a un très bon plan pour l’Égypte, notamment pour les femmes et les chrétiens. Je fais du bénévolat pour la campagne de Mohamed Morsi. Amr Moussa est en avance dans les sondages, mais il s’agit de sondages effectués sur l’internet et la plupart des Égyptiens n’y ont pas accès. Je crois que Morsi a de bonnes chances de gagner.»

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