Zachary Ricard signe cette chronique à titre de rédacteur en chef invité de Métro

Le sud de la Louisiane perd l’équivalent d’un terrain de football toutes les 38 minutes, soit environ 25 miles carrés de terre ferme érodée (40 kilomètres carrés) tous les ans. Depuis les années 1930, plus de 1 900 miles carrés (3 000 kilomètres carrés) du littoral ont disparu, une zone plus grande que l’État du Delaware.

Les raisons de cette perte sont bien connues : les digues et les canaux. Depuis l’arrivée de l’Européen en Louisiane, on essaye d’empêcher l’inondation annuelle du Mississippi pour protéger les terres agricoles. Après l’inondation de 1927, le corps de génie de l’armée américaine a effectué le travail d’endiguement commencé au début du XVIIIe siècle. Depuis, le fleuve est retenu dans une camisole de force. En conséquence, les alluvions qui remplissaient les marécages chaque printemps n’arrivent plus. Le Mississippi est retenu dans les digues depuis 1930.

En 1963, le corps de génie a terminé son projet de contrôle en construisant un barrage, The Old River Structure, à la fourche du Mississippi et de l’Atchafalaya, à 200 miles au nord de La Nouvelle-Orléans. Le barrage permet de contrôler le niveau du fleuve. Dès que le niveau d’eau devient menaçant, on ouvre les vannes.

Mais le barrage a une autre fonction, moins évidente : il empêche le Mississippi de suivre son cours naturel, qui est de se vider dans la fourche de l’Atchafalaya vers Morgan City. Sans le barrage, le niveau d’eau dans l’embranchement du Mississippi ne serait pas toujours suffisant pour assurer la survie du port de La Nouvelle-Orléans, la plus grande entité commerciale de la ville. Tout en protégeant l’économie de La Nouvelle-Orléans, et les terres agricoles de la Louisiane, la construction des digues a eu un impact désastreux sur les marécages.

L’autre problème est le réseau de plus de 80 000 miles (120 000 kilomètres) de canaux creusés sur le littoral, dont la plus grande partie est constituée des canaux d’exploration pétrolière. Dans les années 1940, on a perfectionné les méthodes de forage qui permettent aux compagnies pétrolières de creuser dans des zones autrefois inaccessibles. On a envahi les marécages à la recherche de gisements. On arrive depuis le golfe du Mexique. L’excavation de tous ces canaux a permis l’intrusion d’eau saline dans les marécages. Les plantes aquatiques ont été décimées. Les racines qui servaient de colle pour ce que nous appelons les «prairies tremblantes» ont disparu et la terre s’effrite.

Tout simplement, le sud de la Louisiane disparaît. Les alluvions qui pouvaient assurer son intégrité sont déposées au large à cause des digues. Avec la disparition des marécages disparaît aussi une part importante de la protection naturelle contre les tempêtes tropicales. Chaque 3 miles (5 kilomètres) de marécages réduit l’ampleur d’un raz de marée d’un pied. Les 100 miles de marécages (160 kilomètres) entre la ville de La Nouvelle-Orléans et le golfe du Mexique servaient à amoindrir la force d’un ouragan dans les années 1960.

Maintenant, ces marécages sont considérablement réduits. Les ouragans Katrina et Rita ont provoqué une perte supplémentaire de marécages. En plus, le Mississippi River Gulf Outlet (MRGO), un canal de navigation construit dans les années 1960 pour permettre aux navires d’accéder au golfe sans passer par le fleuve, a détruit plus de
217 acres (70 hectares) de marécage en permettant l’intrusion d’eau saline. Chaque hectare de marécage disparu réduit la protection naturelle de la ville.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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