Fernando Llano/Associated Press Des manifestants et des policiers antiémeutes à Caracas

Si la hausse des coûts ici vous indigne, imaginez la colère au Venezuela : l’inflation pourrait y atteindre 1 600 % cette année, selon le Fonds monétaire international. La malnutrition et le marché noir gagnent du terrain à mesure que la monnaie dégringole. Des citoyens affamés font la file des heures durant pour un sac de farine ou de haricots et repartent parfois les mains vides.

Au tournant du millénaire, le Venezuela s’érige pourtant en idéal de bonne gouvernance socialiste. Assis sur une mine d’or noir, le pays nationalise ses ressources pour financer ses programmes sociaux. On ouvre aux plus démunis les portes de l’éducation supérieure. Sous le charme d’Hugo Chávez, le Venezuela brille.

Que s’est-il passé?

Le constat est douloureux : le Venezuela n’a que lui-même à blâmer. Détenteur des plus grandes réserves de sables bitumineux du monde (oui, devant l’Arabie saoudite), le pays a tout misé sur le pétrole, qui représente 90 % de son exportation.

Hugo Chávez, initiateur de la nationalisation des ressources, a régné en père de famille de 1998 jusqu’à son décès en 2013… donc en plein boom pétrolier. À sa mort, il laisse derrière lui un pays entièrement dépendant du commerce de l’or noir et guetté par un effondrement économique imminent.

Chávez laisse aussi la recommandation d’élire Nicolás Maduro comme successeur. Maduro est effectivement élu et deviendra, pour plusieurs, le symbole du déclin du paradis socialiste.

Lorsque le prix du baril dégringole en 2014, on continue de contrôler la valeur monétaire. Résultat : le pays vit vastement au-dessus de ses moyens. La crise économique frappe alors de plein fouet. Chose qui ne s’était jamais produite sous Chávez : l’opposition gagne l’Assemblée nationale. Maduro resserre sa poigne : les médias qui le critiquent sont sanctionnés et des prisonniers politiques demeurent sans procès.

Mercredi dernier, la Cour suprême – pro-Maduro – a retiré ses pouvoirs à l’Assemblée nationale. Vendredi, la même cour a interdit au principal candidat de l’opposition de se présenter aux élections pour 15 ans, l’accusant d’«irrégularités administratives».

L’opposition avance que Maduro tente de favoriser sa réélection en 2018. La théorie trouve écho chez plusieurs, puisque samedi dernier, des marées humaines suintant l’outrage ont déferlé dans les rues de Caracas.

Une partie de la Cour suprême a même été détruite par des manifestants, qui dénoncent le régime dictatorial de Maduro et exigent des élections hâtives.

La situation est invivable pour un nombre croissant de Vénézuéliens. Le taux de chômage au pays, comme celui de la criminalité, croît à un rythme effarant. Frontaliers avec lui, la Colombie, le Brésil et le Guyana voient arriver par centaines de milliers leurs voisins éreintés.

La communauté internationale marche sur la corde raide. Intervenir risque d’alimenter les tensions, mais on craint une nouvelle crise humanitaire. Pour l’instant, on semble attendre qu’une opposition forte se forme avec l’appui du peuple. La communauté internationale pourrait alors faire pression pour la tenue d’une élection démocratique sans intervenir. C’est une méthode qui a fait ses preuves, notamment en Afrique du Sud, avec Nelson Mandela.

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