C’est l’histoire d’un milliardaire populiste qui se recycle en politique. Il s’appelle Andrej Babiš et, samedi, il a remporté les législatives tchèques avec 29,7% des voix, soit trois fois plus que son plus proche opposant. Son parti obtient donc 78 des 200 sièges de la Chambre basse à Prague, le reste étant réparti entre huit (oui, huit) autres partis.

Virage à droite
L’Europe tout entière guettait les élections tchèques après la victoire de l’extrême droite en Pologne et en Hongrie. On décrit Andrej Babiš comme un Donald Trump qui aurait mis de l’eau dans son vin.

Son parti, l’Action des citoyens mécontents, porte l’acronyme tchèque ANO, qui signifie «oui». Son slogan ne promet pas de rendre la République tchèque great again et y va plutôt d’un modeste «oui, ça va aller».

Ironiquement, ce yes man s’est surtout fait élire pour ses «non». Non à l’immigration, non aux réfugiés, non à l’euro et non à la corruption. Sa plateforme électorale, pour sa part, dit plutôt «ni oui ni non»: Babiš n’est pas particulièrement nationaliste, ni réformiste, ni en faveur d’un Tchexit, et il est accusé d’avoir frauduleusement obtenu une subvention de deux millions d’euros pour une de ses entreprises.

Victoire du populisme? Babiš a pourtant été loin d’en détenir le monopole pendant la course.

Populiste point inc.
Issu d’une famille nantie de Bratislava, fils d’un diplomate communiste, Babiš étudie et travaille à l’étranger. Quand la chute de l’URSS entraîne le divorce de sa Tchécoslovaquie natale, Andrej Babiš élit domicile en République tchèque, bien qu’il soit né en terre slovaque.

Il y devient un magnat des secteurs agroalimentaire et pétrochimique, premier employeur et deuxième fortune du pays. La République tchèque alterne alors entre des gouvernements de centre-gauche et de centre-droite. Puis, la crise financière de 2008 fragmente le paysage politique.

Trois ans plus tard, Andrej Babiš fonde le «oui» avec la promesse de changer les choses. Il acquiert également un empire médiatique et dirige deux des trois quotidiens les plus populaires au pays.

Capitalisme patriotique
La République tchèque enregistre une croissance économique stable et un taux de chômage de 3%, soit le plus bas de l’Union européenne. Située au centre géographique de l’Europe, elle est bordée par la richesse de l’Ouest et le conservatisme de l’Est. Andrej Babiš a su jouer à la fois la carte de l’ambition économique et celle de la rigidité politique.

Un self-made man prêt à mettre ses empires en fiducie pour faire de son pays un succès entrepreneurial: une histoire de succès qui n’est pas sans nous rappeler PKP ou le tyran tangerine qui règne sur nos voisins du Sud.

Trois droites, retour 
à la case départ
L’extrême droite a indéniablement gagné du terrain en République tchèque, mais sa portée demeure difficile à mesurer. Avec tout juste le tiers des sièges et huit adversaires, l’ANO tente à présent de former des coalitions. Or, les appuis se dégonflent même à droite depuis l’éclatement, au début du mois, du scandale des subventions. Sans être candidat à la course, le statu quo pourrait s’avérer le vrai vainqueur de ce virage à droite.

Aussi dans Angle mort :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!