Après la nouvelle loufoque sur l’existence d’une succursale tchétchène d’Al-Qaïda dans l’affaire de Boston, voilà que la nébuleuse djihadiste aurait ouvert une succursale en Iran. Mais quelles inepties!

Dire qu’Al-Qaïda opère désormais dans le pays des ayatollahs, c’est affirmer que le cartel colombien de Medellín contrôle le trafic de la drogue en Italie.

Al-Qaïda ne fait pas partie de l’ADN des Arabes ou des musulmans. Sinon, où était-elle avant les années 1990? Elle n’existait pas. Pourquoi le terrorisme djihadiste n’existait-il pas à l’époque où tous les pays arabes étaient colonisés? À l’époque, les nationalistes arabes les plus virulents étaient majoritairement anti-impérialistes. Et même quand leurs pays sont devenus indépendants, la majorité des révolutionnaires arabes étaient affiliés au bloc de l’Est. C’étaient des marxistes-léninistes, des trotskistes, des guévaristes, des maoïstes, et j’en passe.

Al-Qaïda est une nébuleuse qui a trouvé ses racines en Afghanistan, dans les années 1980. À l’époque, en plus d’aider généreusement les moudjahidin afghans dans leur lutte contre l’occupation soviétique, les États-Unis ont fait appel au soutien de pays arabes de la région, comme l’Arabie saoudite. Ben Laden est né. De plus en plus d’Arabes persécutés dans leurs propres pays ont commencé à rallier la cause dans les montagnes afghanes.

Une fois les Soviétiques chassés de Kaboul, le monde arabe s’est ramassé avec des milliers de djihadistes en quête d’un champ de bataille. Et ils ont été bien servis en Algérie, en Bosnie, en Tchétchénie et en Irak. L’anti-impérialisme arabe s’est islamisé.

Entre-temps, il y a eu deux guerres du Golfe. La deuxième a été fatale. Cette invasion américaine mensongère a offert l’Irak sur un plateau à Al-Qaïda et dopé ses capacités de recrutement dans le monde arabo-musulman.

Grâce à une lutte sans merci menée contre le terrorisme par tous les pays arabes sous la houlette des États-Unis, qui par ailleurs quadrillent avec leurs drones un vaste territoire englobant le Pakistan, l’Afghanistan, l’Irak, le Yémen, la Somalie et le Sahel, l’Al-Qaïda du temps de Ben Laden est bel et bien finie.

Depuis 2008, on a affaire à des djihadistes 2.0. Des illuminés en quête d’un idéal tiré d’une imitation piratée de l’islam. Comme dans les sectes ou les groupes mafieux, ses adeptes croient fermement qu’ils sont dépositaires de LA vérité et que leurs ennemis méritent une mort atroce.

La terreur djihadiste ne disparaîtra pas de sitôt. Elle a muté. Le terroriste djihadiste qui va agir en Occident ou dans les pays musulmans est un enragé, seul ou membre d’un groupe restreint et secret loin de sa communauté. Il va bénéficier de relais sur le web. Sa chambre à coucher est son camp d’entraînement, et sa cuisine, son laboratoire pour créer des bombes artisanales.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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