Fait chaud! C’est de l’agression! Je dis pas, si j’allais courir en suit de skidoo. Là, je chercherais le trouble, provoquerais la chaleur. Mais là, je fais rien! Assis en bedaine dehors, j’ai une ‘tite piscine de sueur dans le nombril. La chaleur me cherche! Mais ha! ha! J’entre chez moi et… air clim! Quin toé!

Quand j’étais jeune ado, on n’avait pas ce luxe. Dans notre appart, deuxième d’un duplex dans Villeray, quand il faisait chaud, il faisait chaud. Les nuits trop chaudes, je me faisais un camping sur le balcon derrière.

Je dormais à la belle étoile. À la fraîcheur de la nuit. Le réveil était souvent intense. Un soleil qui te plombe direct dans face, tu te lèves! Ya pas de snooze sur le soleil! Tu peux pas repousser ton lever. Si tu le fais, tu te réveilles avec une odeur de brûlé, mais c’est pas des toasts, c’est toi.

Mais c’est du passé, maintenant je snooze au frais. C’est un luxe, et je l’apprécie. Je l’apprécie tellement que j’aimerais que tout le monde y goûte! C’est pourquoi je vais écrire ce qui suit : Pour sortir les pauvres de la pauvreté, faut sortir la pauvreté des pauvres.

De quoi je parle? Je parle des barrières psychologiques, des mécanismes emprisonnants. Le fatalisme, la victimisation, «nés pour un petit pain», le mépris du succès, le nivellement vers le bas, le déni, la déresponsabilisation. Et je parle surtout pour les enfants qui grandissent dans un tel environnement.

Essaie de te bâtir une estime de toi, du courage, de la persévérance, des rêves avec, à répétition, des discours comme: «La vie c’est d’la marde!», «Ya rien de bon!», «C’t’à cause du système!», «Tous les mêmes qui ont tout!», «Perds pas ton temps, tu vas pas y arriver!», «Bon, ‘garde-le qui fait son frais, tu te penses meilleur que nous autres!», «Avec tes grands rêves d’études!»

Je me suis toujours senti comme un imposteur. Parce que malgré la situation de pauvreté, je n’ai jamais eu sa vision. Ma mère était – et est toujours – une guerrière. Jamais je ne l’ai entendue se plaindre, jamais elle n’a joué à la victime, jamais elle n’a méprisé ceux qui en avaient plus. Ça, mes amis, c’est le vrai luxe. Parce que c’est grâce à elle qu’aujourd’hui, je dors au frais.

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