THE CANADIAN PRESS Pierre Elliot Trudeau et Fidel Castro en 1976.

Comme figure polarisante, difficile à battre, le Fidel. Certains le voient comme l’incarnation du despote éclairé de Voltaire. D’autres, comme le pire des dictateurs.

Les premiers rappellent ses réalisations, il est vrai importantes, en matière d’éducation et de santé. Les deuxièmes soulignent plutôt les 15 000 prisonniers politiques, et les camps de rééducation pour homosexuels. On réplique à cela que le Lìder a nettoyé le bordel à ciel ouvert qu’était l’administration Batista, et a survécu au (fallacieux) blocus économique américain. Réplique à la réplique: la corruption a seulement changé de mains, et l’espoir cubain est toujours inexistant. Les départs clandestins, en radeau de fortune, pour preuve.

Amusant, dans tous les cas, de voir les gens retenir uniquement les faits appuyant leur thèse. La meilleure? Les trumpistes qui vocifèrent au sujet des violations contre l’État de droit commises par Fidel, cela pendant que leur président s’apprête, avec son équipe de white supremacists, à mettre sur pied un registre visant à ficher les musulmans. Appelons ça de l’ironie (pour être poli).

Bref, et c’est le propre des figures polarisantes, on aime ou on déteste. Je suis, pour ma part, souvent dubitatif devant un tel manichéisme.

Anecdote révélatrice: voyage à Cuba avec mon ami Jacques Hébert. Ex-président de la Ligue des droits de l’Homme. Candidat du Canada au prix Nobel de la paix. Voyez le genre. On visite de multiples villes et villages accompagnés, souvent, de représentants du régime, de ministres. Propagande soft.

Hébert, d’ordinaire si convaincu de l’État de droit, chante lui aussi les louanges du Lìder. À mes questions portant sur les prisonniers politiques ou encore la censure médiatique, la réplique est, à chaque fois, assassine: «Mais il en va de la survie du régime! Il a réussi à soigner et à éduquer la population cubaine mieux que n’importe qui!» Fâche-toi pas, Jacques. Pas grave. D’autres mojitos, por favor…

Trudeau, maintenant. Le père, d’abord. Celui qui, en visitant Fidel, veut refaire le coup de la Chine aux Américains. Aux diplomates souhaitant empêcher une telle visite, Trudeau explique: «Constatons par nous-même l’humanisme de l’ennemi.» Les critiques fusent, néanmoins, de toutes parts.

Quelque 25 ans plus tard, un Fidel fidèle se rend à Montréal, aux funérailles de son ami. En habit-cravate, c’est dire. Et après avoir décrété trois jours de deuil national à Cuba.

Un Jacques Hébert assis aux premières loges réussit alors un coup d’éclat: celui de «présenter» Castro à un autre invité de marque, l’ex-président Carter. Ce dernier visite, peu de temps après, le pays de Castro. Hébert, catalyseur de la main tendue envers son île chérie. Il pourra mourir en paix. Mon point? Ah oui: Carter reçoit, pour cette visite, une sacrée volée de bois vert…

Rien d’étonnant ainsi que Justin, soulignant la mort du Lìder, parle de lui comme d’un ami. Qu’il vante ses réalisations et taise les manœuvres. Qu’il se fasse, par conséquent, rentrer allégrement dedans. Ainsi en va-t-il de la vie et surtout, de la mort des personnages polarisants…

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