Peut-être un drôle de titre venant de quelqu’un qui, plus souvent qu’à son tour (et goût), défend celle-ci à la première occasion utile.

Parce que même si je suis athée (comme le Christ?), la liberté de religion mérite d’être défendue et, conséquemment, expliquée.

Parce qu’elle s’inscrit dans une mouvance, établie depuis les affres de la Deuxième guerre mondiale, de protection de l’autonomie en matière de culte. Parce qu’elle fait partie des libertés individuelles reconnues tant par le droit international que le droit interne. Parce que de ce fait, le politique devra se garder une petite gêne avant de rouleau-compresser les droits d’une minorité religieuse pour des fins essentiellement électoralistes (pensons à la Charte des valeurs).

Est-ce à conclure au caractère absolu de la liberté en question? Nullement. Celle-ci, à l’instar des autres dispositions protégées par les chartes, ne possède qu’une portée relative.

Qu’elle ne peut, en d’autres termes, faire fi d’autres valeurs tout autant fondamentales, notamment le droit à l’égalité et la liberté d’expression. En bref, il sera loisible de limiter sa portée et application lorsque justifié.

Pour avoir reçu une tonne de volées de bois vert (l’expression, pas Yves) lors de lignes ouvertes, je sais que ce dernier concept est souvent mal saisi.  Je me rappelle notamment l’épisode des Shaffia, où un auditeur me jurait sur sa vie que les accommodements raisonnables permettaient le meurtre au nom de la religion*. Loin de là, bien sûr. Les deux bougres se trouvant d’ailleurs aujourd’hui, et à juste titre, à l’ombre.

***

On apprenait cette semaine le dépôt d’une action collective contre les Témoins de Jéhovah en Cour supérieure du Québec.

D’un côté, des victimes d’abus sexuels, enfants et adultes. De l’autre, la société mère des Témoins de Jéhovah au Canada. On lui reproche notamment « d’avoir mis sur pied et d’avoir maintenu une organisation religieuse au sein de laquelle les figures d’autorité ont pu commettre des agressions sexuelles en toute impunité », ainsi que « d’avoir créé un environnement qui protège les agresseurs sexuels de personnes mineures [c’est-à-dire en empêchant toute forme de dénonciation à des autorités externes]».

Le tout, initié par une victime ayant dénoncé sans succès son agression aux leaders de l’organisation, constitue en soi une excellente nouvelle. Terrées depuis longtemps dans un mutisme obligé, les victimes (apparemment nombreuses) brisent aujourd’hui les chaînes de l’oppression et du brainwashing. Et pour m’y connaître un peu, croyez-moi, ces chaînes sont d’une solidité inquiétante. On doit, à ce titre, saluer le courage des dénonciateurs et se montrer, en tout point, solidaires de leur révolte et recours.

Est-ce à dire que le succès de l’action soit assuré? Malheureusement non, particulièrement du fait du véhicule utilisé. Aux dires de Me Yves Martineau, spécialiste des actions collectives et néanmoins ami : « Ce sera un défi d’établir une dimension collective au drame que la victime allègue. Sa situation est-elle similaire à celle d’un groupe de victimes suffisamment important pour justifier de procéder par action collective? ».

À suivre, donc. Une chose, toutefois, est certaine : la liberté de religion ne pourra, en aucun temps, venir légalement justifier quelconque comportement sexuel prohibé. Que les agresseurs, peu importe leur revêtement religieux, se le tiennent pour dit.

* Rappel terminologique et syntaxique aux chroniqueurs excités plaidant indirectement la même chose: dans le concept « d’accommodement raisonnable » existe le terme «raisonnable». Peut-être pertinent.

F_Berard@twitter

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