Josie Desmarais/Métro Manon Massé

Un suspense, léger, jusqu’à la toute fin : qui, de Manon ou de Gabriel, allait être le candidat de Québec solidaire au poste de premier ministre?

Plusieurs amis ont été estomaqués, en privé bien sûr, de la décision de QS. Pour être honnête, pas moi. Pour quatre raisons principales.

La première, c’est que la fondatrice du parti, Françoise David, avait déjà laissé entendre que la participation d’une femme au débat des chefs serait de mise. Pas très subtil, surtout lorsqu’on connaît son influence, encore tangible, au sein de QS.

Deuxièmement, lorsqu’on y pense, la candidature de GND pour le job de premier ministre ne tient tout simplement pas la route. Oui à davantage de jeunes en politique. Mais se hisser à la tête de la gouvernance québécoise nécessite, du moins c’est à souhaiter, un minimum d’expérience en tout genre. Un surdoué, Nadeau-Dubois? Probablement. Mais un premier ministre de… 28 ans? Faudrait pas charrier.

Troisièmement, la candidature de Manon Massé, à bien y penser, risque de s’avérer moins polarisante que celle de son co-porte-parole. Plusieurs, manifestement, demeureront à jamais des «grands brûlés» des événements de 2012, le visage de GND leur étant symbiotiquement associé.

Quatrièmement, GND ne jouit pas d’un grand historique au sein de son parti. Une arrivée à la sauce rockstar, acclamée par les grosses gommes de la formation et cautionnée par Françoise David. Contraste, évidemment, avec Manon, laquelle a grimpé un à un les nombreux échelons pertinents avec humilité, patience et opiniâtreté. De quoi susciter le respect des militants, particulièrement pour un parti à ce point attaché à sa base.

Alors bref, non, pas une surprise. Cela dit, la campagne menée tout juste après l’annonce, qui a fait mousser la candidature de Manon Massé, a de quoi surprendre. Elle serait, nous dit-on, du peuple. Pas ou peu d’avocats ni d’hommes d’affaires dans son carnet d’adresses. Elle vient d’un milieu populaire et se préoccupe des vraies gens. Mieux : elle est cool et authentique, photo à moto à l’appui. Bon. Par où commencer?

Venir du peuple? OK. Mais par opposition à quoi? Et comment le fait de provenir d’un milieu populaire garantit-il un programme progressiste? Et le contraire, c’est-à-dire des origines bourgeoises, empêche-t-il d’être à gauche?

Bien que Jacques Parizeau se soit fréquemment attiré des quolibets en raison de ses habits trois pièces et de son look aristo-british, on parle du plus grand bâtisseur, homme de gauche à souhait, du Québec contemporain. Et que dire du millionnaire Trudeau? Qui, à l’échelle fédérale, aura gouverné autant à gauche (à part peut-être Mackenzie King, mais dans un contexte fort différent)? Bref, foutaise.

D’ailleurs, le simple fait d’avoir peu ou pas d’avocats ni d’hommes d’affaires dans son carnet d’adresses ne peut, à mon sens, être vu comme une panacée. Des pestiférés? Des ennemis du peuple? À en croire la campagne en cours, oui. Méprisable populisme de gauche, si vous voulez mon avis. Du reste, sur le caractère «authentique» et antipoliticien de Manon, on avait déjà compris, c’est bon. Lancer une campagne là-dessus, ô ironie, fait drôlement… politicien, justement.

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