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Pas mal, comme titre, non? Pas le mien, cela dit. Plutôt celui de Pierre Falardeau. La boutade illustrait, selon ce dernier, la nécessité pour le Québec d’accéder, tôt ou tard, à l’indépendance. Formule qui convient également parfaitement au débat actuel entourant l’interdiction des signes religieux à même certains postes de la fonction publique.

Parce qu’à entendre quelques discours, les droits et libertés prévus aux chartes seraient, en un sens, un vulgaire tapis sur lequel il convient de s’essuyer les pieds sans autres politesses.

D’abord, l’éventuelle mesure caquiste serait justifiée du fait de recours antérieurs à la disposition dérogatoire. Drôle d’argument. Un, on confirme implicitement que la future loi ne pourrait constitutionnellement survivre sans la disposition en question. Deux, la récurrence d’une pratique n’assure en rien sa légitimité. Trois, les exemples soulevés au soutien de ce qui précède concernent des trucs archimineurs et logistiques, strictement afférents à la charte québécoise, genre les petites créances ou autres machins sur la succession en matière agricole. Un juriste sérieux peut-il, sans rire, tenter une analogie avec un congédiement pour refus de choisir entre son emploi et sa religion? Comme l’expliquait l’ami Hugo Cyr, doyen de la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM:

«Peut-on enfin cesser de comparer des pommes et des oranges en disant: “Vous voyez! On a plein de fruits parce qu’on a plein d’oranges! Faque on doit ben avoir des pommes aussi!” […] On aura beau trouver 10 000 cas d’usage de la disposition de dérogation sous la charte québécoise, en raison de leur nature fondamentalement distincte, cela n’ajoute rien au débat sur la légitimité d’avoir recours à une telle disposition sous la charte canadienne.»

Autre argument, selon les défenseurs du projet caquiste: que le peuple québécois serait détenteur d’un droit collectif à la laïcité, celui-ci justifiant la mise au rancart de la liberté de religion. Lire entre les lignes: le traditionnel «nous» par opposition à «l’autre». Vous débarquez ici, fort bien, mais respectez nos règles. À Rome, on fait comme chez les Romains, comme nous le martèlent actuellement quelques chroniqueurs. Corrélation étroite présumée entre immigration et laïcité, en d’autres termes.

Question, maintenant: qui êtes-vous, les amis, pour exclure du lot Fatima, enseignante au secondaire et née ici en 1970? Ou encore Maurice Cohen, gardien de prison, dont la famille vit au Québec depuis… 1878? La liberté de religion de ces derniers s’opposerait-elle, de facto ou par sa seule existence, à votre «droit collectif»? Et dernière question: à partir de quand cesse-t-on d’être «l’autre», au fait? Entre jamais et on verra?

Vous répliquerez probablement à ce qui précède que la loi (à être adoptée sous un crucifix, rappelons-le) s’appliquera à tous, incluant les catholiques. Bien sûr. Et combien de cathos portent un 2X4 ostentatoire dans le cou, selon vous?

Il est d’ailleurs amusant, voire ironique, de noter que ces mêmes porte-parole s’auto-immoleraient sur la place publique si la majorité anglo-canadienne utilisait un «droit collectif» afin d’abroger, pour seul exemple, la Loi sur les langues officielles. Puisse cet exemple leur rappeler que nous sommes toujours, qu’on le souhaite ou non, la minorité de quelqu’un. Et que les libertés fondamentales, incluant celles de «l’autre», ne sont pas une vulgaire marque de yogourt…

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