Mes hommages. Au moment de lire ces lignes, vous aurez sans doute eu le loisir de vous imprégner, grâce au souffle d’une infinie variété de courageuses et d’indignés, de la sordide histoire à propos du producteur Harvey Weinstein, agresseur notoire et turgescent bourreau de Hollywood. Trente ans de silence et de frayeur. Trente ans d’impunité et de vies détruites. Des centaines de récits, qui donnent tous autant envie de sortir hurler sur le perron: «Mais pourquoi personne, personne n’a parlé?» TRENTE RIDICULES ANNÉES, calvaire de bâtard. Ça t’anime une discussion autour de l’îlot de cuisine, et je suis certaine que beaucoup de filets de porc se sont servis cette semaine avec, pour trame sonore, la révolte et l’ahurissement sur fond de patates grelots.

Je choisis aujourd’hui, comme plusieurs autres, de m’adresser à vous. À nous. Parce qu’il ne suffit pas de parler de Hollywood. De parler d’eux. D’elles. Oh, l’index est certes plus facile à pointer vers ce qui brille, là-bas, bien loin, dans les marches du Kodak Theatre. Il ne suffit pas de se scandaliser devant le silence de tous ces collègues, ces complices, ce gratin double-crème et ce milieu qui, même s’il tentera de chuchoter en regardant bêtement par terre, était parfaitement au fait de ce qui se tramait toutes ces années. Mais qui laissait faire, par peur de perdre. Perdre sa carrière. Son gagne-pain. Sa lumière. C’est que c’est plutôt chouette de jouer dans un Woody Allen.

Harvey Weinstein est hors circuit. Mais toute sa culture, celle du viol, du harcèlement, du pouvoir et de l’impunité, ricane présentement en buvant un aperol spritz, le crâne penché vers l’arrière avec la légèreté d’un printemps. Chaque jour, à Hollywood, comme sur les plateaux d’ici ou dans le simple bureau d’une amie à vous, un Harvey sévit. Vous en connaissez TOUS un. Alors on fait quoi, après avoir feint la surprise qu’une sous-ordure oscarisée ait commis de tels gestes? On attend le prochain scandale en mangeant des pinottes dans la plus haute désillusion?

Hier encore, quand j’ai pris le métro, deux hommes guerlots se sont approchés de moi avec pour grand projet de me tâter le bras et la pomme. Le wagon était bondé de gens, tous bien au fait du duo éméché qui avait sans doute abordé d’autres femmes avant que j’aie cette chance. Par deux fois, il m’a fallu les repousser en tendant le bras pour leur signifier la distance qu’ils devaient prendre, pour finir par hurler: «Je n’ai pas envie de vivre ça.» (C’est ce qui est sorti.) Quand ces paroles se sont échappées de ma bouche comme une furie, les deux larons se sont assis, non pas sans m’invectiver de créatives «dégradances» jusqu’au prochain arrêt, où je suis sortie. Personne, pas une âme, n’a émis de commentaire. Personne ne s’en est mêlé.

Ce n’était pas leur affaire et je m’en sortais apparemment bien.

Eh bien, c’est aussi votre affaire. De la plus anodine à celle qui glace le sang, c’est votre affaire. J’ai besoin de vous. Et toutes ces femmes auront besoin de vous. Alors pour l’amour, pour l’amour solidaire, levez-vous. Même si les mots vous manquent. Vous verrez, vous ne serez pas seul.

La bise.

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