Ivresse, volupté et petite neige folle sur le béret. Doux vendredi de décembre, la féérie hivernale est à broil et peut-être ne s’agit-il que des rires résiduels de partys de bureau affichés sur vos faciès à la joue rosine, mais je vous lis fort guillerets.

Je suis, quant à moi (moi moi moi moi) ÉPUISÉE. Oooooh, loin de moi la grippetterie de vous servir un discours luminothérapique d’émoussée des grandes noirceurs. C’est que décembre, 2018 tout entier, oserais-je même avancer, est le théâtre de tant d’âneries. Tant d’énergie déployée à dénoncer des affaires de camisoles avec un cœur, pis de runningchous pas assez chics dont on se sacre bien. À peine ai-je eu le temps de soupirer avec la puissance d’un éternuement de Marc Hervieux que voilà que ce bon vieux Karl Lagerfeld (une prouesse de lien) est venu déposer une cerise au marasquin au sommet de mon désarroi.

C’est qu’il a secoué les hautes instances de la mode avec l’engagement-choc suivant, confié au Figaro plus tôt cette semaine : Chanel n’emploiera plus de fourrures ni de peaux d’animaux exotiques comme le crocodile, le lézard, le serpent ou même le galuchat (PAS LE GALUCHAT, IL ÉTAIT DIABLE TEMPS QU’ON FENDE LA NUIT EN MURMURANT SON NOM), dans ses collections. Je viens à l’instant de googler le galuchat, à qui j’adresse mes plus sincères hommages; il s’agit d’un poisson cartilagineux dont la peau serait fort prisée en maroquinerie.

Toujours est-il que Chanel, tout comme l’ont récemment fait Versace, Gucci et Jean-Paul Gaultier, se félicite de son audace coiffée d’une distinguée voilette d’éthique et de bons sentiments puisque, affirme-t-il, la décision fut prise pour cause de problèmes d’approvisionnement : «Il est de plus en plus difficile de nous procurer des peaux exotiques correspondant à nos exigences en matière d’éthique», de confier le président des activités de Chanel, Bruno Pavlosky.

C’est vrai, Bruno? C’est cette année toute spécifique que l’approvisionnement en peaux de crocodile pour mitaines à four du chalet d’été vacille de l’éthique? C’est qu’il doit y en avoir,
des petites bottines qui piaffent de déception engagée, sur le parquet de vos ateliers. Jusqu’en 2018, la décision de retirer les cuirs «collector» et les fourrures fluffées n’était simplement pas apparue rentable pour personne. Voilà tout. C’est ainsi qu’après s’être paré des lettres de noblesse du féminisme-des-pauvres qui rapporte sur ses passerelles en 2014, voilà que Karlito se déclare soudain sensible au sort du galuchat et de sa descendance.

Des affaires, de même, ça me touche. J’APPLAUDIS. Et j’attends surtout, fébrile comme Dorothée Berryman devant un trio jazz, ce jour béni où Lagerfeld (grand poète qui a jadis déclaré admirer Kate Middleton pour sa beauté romantique, mais souhaiter que sa jeune sœur Pippa ne s’exhibe que de dos pour cause de plastique difficile) s’investira l’esprit et le verbe à se plier, délicatement et à l’équerre, telle une belle chemise de nuit en dentelle de Bruges antique, puis à se ranger dans une belle grand’ boîte avec un ruban pour se célébrer le génie dans le papier de soie, à l’abri du monde et de ses contraintes d’approvisionnement en matières nobles et en grossièretés.

La bise.

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