Netflix Insatiable sur Netflix

À quelques semaines de son dévoilement officiel sur Netflix, le 10 août, la série Insatiable sème la controverse en raison de son sujet et, disons-le sans détour, d’un manque de sensibilité particulièrement inquiétant.

Insatiable, c’est l’histoire de Patty qui est tourmentée à la polyvalente en raison de son poids. Après une attaque contre sa personne où elle se fait fracturer la mâchoire, Patty passe un été avec la bouche agrafée et, à son retour à l’école mince et jolie à l’automne, elle planifie sa vengeance contre ses bourreaux.

Ce canevas, pour une raison qui m’échappe, a dépassé le stade de l’idée lancée lors d’une réunion pour se voir financé, produit, filmé et distribué pour la chaîne Netflix. Une première question s’impose : sur quelle planète est-ce que ceci est une bonne idée?

Au moment d’écrire ces lignes, plus de 170 000 personnes ont signé une pétition afin d’empêcher le dévoilement de la série. On souligne, notamment, la toxicité du propos, l’alimentation d’une culture grossophobe et la projection d’un idéal où la minceur est un vecteur de succès et de bonheur.

En amont de la série, les créateurs et la distribution se défendent en disant qu’il s’agit d’une satire et qu’une dénonciation se fait par l’humour noir de l’histoire. Même son de cloche chez ceux qui défendent le produit en brandissant la fameuse carte qu’il faut voir avant de critiquer, laissant ainsi la chance aux coureurs.

Je suis d’accord sur le fond qu’il faut juger une œuvre sur son entièreté, mais parfois, pas besoin de voir pour savoir qu’il s’agit d’une mauvaise idée. Tout comme il n’est pas nécessaire de goûter un aliment ranci pour savoir qu’il est préférable de l’envoyer directement à la poubelle.

Évidemment, on peut entraîner un précédent dangereux en demandant une forme de censure avant la diffusion d’une série, d’un film ou d’une pièce de théâtre comme c’est le cas ici au Québec. Mais, on peut aussi traiter la chose d’un autre angle.

Au lieu de s’attarder sur le fait que des gens se froissent devant des productions, pourquoi on ne s’inquiète pas du fait qu’il y a un manque flagrant de sensibilité à la racine même de la création desdites productions.

Comme je le mentionnais, cette idée était, au mieux, un courriel qu’on envoie à la corbeille avant une réunion. Le fait qu’on ne décèle pas la problématique à la source, c’est pas mal plus malsain qu’un groupe d’individus qui s’offusque sans avoir consommé une production artistique.

Il y a, dans la défense d’une série comme Insatiable, une arrogance qui exacerbe sans gêne l’écart des classes, des privilèges et des opportunités.

Ceci dit, la créatrice de la série Lauren Gussis apporte une nuance intéressante sur ses intentions, puisqu’elle partage en partie l’histoire de son adolescence.

Nous avons ici alors un cas intéressant d’une bonne intention qui, dans le filtre de la production télé, se transforme en message insensible. On peut facilement faire le parallèle avec SLĀV, car on savait qu’il n’y avait pas de mauvaises intentions derrière le projet. Mais, le produit présentait quand même un manque de sensibilité, tout comme Insatiable, même ancrée dans les fantômes de la jeunesse de Gussis, présente une facette de la société qui encourage le dénigrement de personnes avec un problème de poids.

C’est embêtant, parce que là on se demande si le problème, dans le fond, c’est la structure télévisuelle qui, malgré les bonnes bases, uniformisent et déforment les propos pour les adaptés aux «envies» des gens.

Il y a aussi une pente glissante avec l’humour, car oui, on peut rire de n’importe quoi, mais on ne peut pas en rire avec n’importe qui. Illustrer les fantasmes d’un «ex-grosse» devenue mince qui se venge à coup de bâton de baseball … ce n’est pas le genre de blagues que tu lances dans l’univers sans t’assurer que le contexte est bien délimité.

À ce niveau, Netflix n’a pas fait ses devoirs et ils ont un beau fiasco sur les bras duquel ils sont les seuls responsables.

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