La fin de semaine dernière, je faisais ma promenade quotidienne à l’aube, seul dans les rues de Rosemont, pendant que tout le monde dormait. Oui, je suis un très vieux monsieur. Mais j’aime bien la paisibilité (tu as bien lu, la paisibilité) de ces moments matinaux où la lumière d’un soleil mal réveillé nimbe à peine les rues désertes. Il y a quelque chose de post-apocalyptique dans le paysage urbain qui n’est pas désagréable. Les seules personnes que tu croises sont les travailleurs qui ont eu la malchance de piger le «chiffre» du samedi matin et les party animals qui ne sont pas encore couchés et qui marchent nerveusement et en zigzaguant vers une superbe gueule de bois. Si tu t’écoutais, tu leur rappellerais de bien s’hydrater.

Soudain, le soleil sort de sa cachette et éclaire la rue d’un coup. Une seconde plus tard, un chant magnifique retentit:

– Zououououou, zouououououou, zouououou, chiiiiip, chiiiiip, chiiiiip, fait un gros cardinal, haut perché au sommet d’un immense arbre, rappelant de manière audible à ses éventuels concurrents qu’il ne serait pas sage de venir l’écœurer sur son territoire.
– Zououououou, zouououououou, zouououou, chiiiiip, chiiiiip, chiiiiip, fais-je en prenant ma meilleure voix d’oiseau et en tentant de l’imiter.
À peine surpris par cet écho, l’oiseau reprend :
– Zououououou, zouououououou, zouououou, chiiiiip, chiiiiip, chiiiiip.
– Zououououou, zouououououou, zouououou, chiiiiip, chiiiiip, chiiiiip, renchéris-je en commençant à me prendre pour le André-Philippe Gagnon de la gent ailée.
Et là, 2000 fois plus fort, l’oiseau me fait :
– CHIIIIP-CHIIIIIIIIIIIIIIIIIIP, CHEER-CHEER-CHEER, PIPOUM-PIPOUM-PIMOUM, CHIP, CHIIIIP-CHIIIIIIIIIIIIIIIIIIP, CHEER-CHEER-CHEER, PIPOUM-PIPOUM-PIMOUM, CHIIIIP-CHIIIIIIIIIIIIIIIIIIP, CHEER-CHEER-CHEER, PIPOUM-PIPOUM-PIMOUM, CHIP, ZOUOUOUOU, ZOUOUOUOUOU, ZOUOUOUOU, CHIIIIP, CHIIIIIIP, CHIIIIIIP.
– Jizuz-Creist, prends-le pas d’même, cibole… Je disais juste ça comme ça, dis-je à voix haute.

… juste au moment où une dame octogénaire sortait de chez elle pour aller s’acheter des croissants; une dame bien mise dans un manteau de printemps très chic et un foulard d’un fuchsia digne de mention. Dans son regard, c’était clair qu’elle se demandait contre qui je maugréais de la sorte et, pour une raison difficile à expliquer, j’ai cru bon de tenter de répondre à ses questionnements muets:

– C’est juste qu’un cardinal a chanté et là je me suis pris pour André-Philippe Gagnon et je voulais l’imiter et… en tout cas… Je…

Elle est re-rentrée chez elle et a fermé la porte sans attendre la fin de mon explication. Il semble bien que les croissants attendront que je disparaisse de sa rue/vie.

Et, sérieusement, qui peut lui en vouloir?

Aussi dans Les grognonneries :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!