De temps en temps, je vais voir un vieil oncle dans sa résidence pour personnes âgées. Je lui fais du thé, on joue aux cartes (au 9 ou au 500), il prend des nouvelles de la famille et on se raconte des souvenirs. Lors de ma dernière visite, je lui ai dit que j’adorais les épluchettes de blé d’Inde qu’il organisait sur sa terre, tous les mois d’août. Ça permettait de réunir tous les cousins éloignés qui ne se voyaient pas souvent. Et aussi: on pouvait se coucher tard.

Le lendemain de chaque party, mon cousin et moi, on se levait super tôt et on ramassait les dizaines (ok, les centaines) de bouteilles vides laissées partout sur le terrain, bouteilles qu’on allait ensuite porter au dépanneur avec une brouette. C’était une job assez difficile parce qu’il fallait monter une grosse côte et faire plusieurs voyages.

J’ai rappelé à mon oncle qu’une année, il s’était aperçu qu’on mettait environ 50 piasses dans nos poches à deux à chaque épluchette et que c’est à ce moment qu’il avait commencé à nous prendre une solide cote. Mais 500 bouteilles vides à ramasser, c’était une sacrée job pour des enfants de sept et huit ans.

Et vu qu’on était dans les confidences, je lui ai aussi rappelé qu’il était extrêmement cheap sur le jus McDonald. Non mais, c’est vrai : il mettait genre 3 pincées de poudre dans 50 gallons d’eau. Come on! Le jus goûtait juste l’eau sale. On était là, assoiffés de sucre orange, et c’était toujours la même déception, gorgée après gorgée. On raconte que Daniel – le cousin d’une cousine d’une amie d’une cousine – aurait un jour pogné une «glou» full sucrée parce que la poudre aurait été mal brassée. Mais on est plus dans le domaine de la légende qu’autre chose.

Mon oncle riait de bon cœur. Il m’a même avoué qu’il avait étiré le même pot de poudre pendant des années, le vieux tord-visse. «Combien ça coûtait, ce pot-là?» ai-je demandé. «C’est pas ça qui est important; c’tait une question de principe», a-t-il dit en prenant une gorgée de thé.

Bref, on passe de bien beaux moments, confortablement installés dans son petit appartement qui donne sur un jardin en fleur. Je sais bien entendu que mon oncle va mourir trop vite. À 97 ans, c’est un peu inévitable.

J’espère juste qu’avant de partir, il va se rendre compte que j’utilise la même poche pour lui faire son thé depuis genre mes huit dernières visites.

C’t’une question de principe.

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