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La fin de semaine dernière, je suis allé dans une ferme avec ma famille. Une vraie ferme avec des vaches, des moutons et des chats semi-sauvages qui chassaient les rongeurs vivant dans le foin.

Située dans le sud de l’Estrie, dans cette magnifique région qui borde la triple frontière entre le Québec, le Vermont et le New Hampshire, la ferme était gérée par un couple composé de deux Français arrivés ici dans les années 1970. La propriétaire nous raconta: «En France, rien n’était à vendre. Quand on est arrivés ici, les gens vendaient la terre, les bêtes, la maison, les meubles et même l’auto, si on voulait! Certaines personnes en avaient plus qu’assez de cette vie.»

Alors que le soleil se couchait sur la vallée verdoyante et que le maïs ondulait dans le vent d’été, la dame nous fit visiter l’étable où des centaines de vaches étaient «en plein train». C’était curieux de voir, avec nos yeux d’urbains, cette opération si simple, mais si distante de nos préoccupations quotidiennes et des intellectualisations qu’on peut faire sur le travail agricole.

Toute la famille – la mère, le fils et la petite-fille – participait à l’opération, seulement entrecoupée des meuglements bruyants des vaches de race Holstein. «Elles veulent se faire flatter», expliqua la fermière à mon fils de six ans, qui se demandait pourquoi tant de vacarme.

Cette pratique fait l’objet d’une vive controverse : est-ce cruel d’utiliser des animaux de la sorte? Est-ce éthique de garder des mammifères pour notre seul usage, pour leur prélever le lait que nous consommons? L’histoire des relations des humains avec les animaux est longue et complexe. Dans tous les processus de domestication, que ce soit pour le chien, la poule, le cochon ou le bœuf, il y a eu un processus de sélection artificielle. Par opposition à la sélection naturelle proposée par Darwin en 1859 comme principe opératoire de l’évolution des espèces, la sélection artificielle est celle faite par l’être humain de certains traits de caractère, morphologiques ou fonctionnels chez l’animal.

Les humains ont sélectionné les loups les plus dociles qui s’approchaient des campements du paléolithique, tuant ou chassant les plus agressifs. Cette sélection, qui remonterait à plus de 35 000 ans, a permis à ces individus de survivre et de donner naissance à des bêtes plus obéissantes: les premiers chiens.

L’ancêtre de la vache, l’auroch, était quant à lui une bête impressionnante aux longues cornes qui était le contraire de docile. La domestication de l’auroch, beaucoup plus récente que celle du chien (environ 10 000 ans), a probablement coûté des milliers de courageuses (ou téméraires) vies humaines.

Mais une chose est certaine: qu’on dénonce ou non cette pratique aujourd’hui, le destin de ces animaux et celui des humains sont liés depuis longtemps.

La fermière nous a demandé d’approcher d’une grosse vache qui meuglait à s’en faire frissonner le poil. Mon fils a approché sa main de l’énorme tête et a flatté l’animal, qui a immédiatement cessé son chahut et a fermé les yeux de satisfaction. Puis, parfaitement heureuse, cette dame bovine a décidé de nous remercier en nous pissant abondamment sur les pieds.

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