Getty Robert Lepage

J’ai suivi de près le débat entourant le spectacle SLĀV de Robert Lepage sans trop me prononcer, puisque la communauté noire a exprimé son désaccord mieux que je pouvais le faire. Parfois, prendre du recul et écouter les principaux concernés est la meilleure chose à faire, ce que bien des gens n’ont visiblement pas compris. Quand une communauté prend la peine de manifester sa colère, on devrait essayer de comprendre d’où elle vient au lieu de s’acharner à lui dire comment elle devrait se sentir. Et oui, des fois, la colère peut être exprimée maladroitement, mais elle n’est pas illégitime pour autant.

Ce débat a aussi attiré mon attention sur un autre projet de Robert Lepage. En partenariat avec le Théâtre du Soleil, le metteur en scène québécois présentera Kanata à New York, du 5 au 19 décembre prochain. La pièce, un parcours au fil de l’histoire canadienne, mettra en lumière les rapports entre Blancs et Autochtones avec un accent sur le féminicide autochtone et le système de pensionnats. J’ai fait ma recherche pour savoir si le processus de création était aussi problématique que celui de SLĀV et – sans surprise – les Autochtones ne semblent pas être inclus. J’admets que de tels événements doivent être racontés, surtout à l’international, où les gens croient que le Canada est champion en matière des droits de l’homme, mais prétendre faire une représentation de nos souffrances sans nous inclure est inacceptable. Lepage a beau se draper de bonnes intentions, cette façon de faire récurrente trahit son désintérêt pour le dialogue. Il ne semble pas non plus y avoir d’acteurs issus des Premières Nations. Décevant, compte tenu du fait qu’il existe des troupes de théâtre autochtones au Québec. Au moins, SLĀV avait deux tokens noires comme choristes.

Les plaies béantes de la colonisation sont encore vives et seuls des gens qui portent encore ces traumatismes savent rendre justice à ce sentiment collectif. Quand on voit des acteurs comme Jacques Newashish à l’œuvre, on comprend mieux. Je ne crois pas que des Allochtones, surtout pas des Français, sont en mesure de communiquer efficacement ce genre d’émotions. J’ai peur que cette erreur traumatise à nouveau les survivants des pensionnats. Encore une fois, ce n’est pas à nous que vont revenir les profits engendrés sur le dos des violences faites à notre endroit.

J’espère que je me trompe sur toute la ligne et que des Autochtones ont participé étroitement à la mise en scène de cette pièce. J’espère que Lepage a appris de ses erreurs et qu’il fait des efforts pour respecter les communautés qu’il prétend honorer. Pour le moment, tout ça reste encore inquiétant. Je souhaite qu’il y ait de la transparence quant au processus créatif et que les démarches promotionnelles nous en disent plus à ce sujet.

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