Quand j’étais petite, j’adorais voir la face des entrepreneurs et autres fournisseurs de services lorsque ma mère leur demandait une facture, après qu’ils lui eurent offert de payer comptant. Ils répondaient toujours : «Bien sûr, madame», mais sur leur visage, je lisais : «$*%!?#*.» À l’époque, je ne saisissais pas tout à fait le rapport bien/mal qui se jouait devant mes yeux, mais je savais, à l’assurance que ma mère dégageait, que c’était elle qui avait raison de leur mettre ainsi un bâton dans les roues.

Le printemps dernier, j’étais contente de revivre un peu ces moments de droiture fiscale de mon enfance grâce aux publicités de Revenu Québec, où on montrait des Messieurs et Madames Tout-le-Monde qui, comme ma mère, disaient non à la petite évasion. Si tout le monde sait que le travail au noir, c’est illégal, je ne suis pas certaine que tous comprennent les répercutions de celui-ci sur la société. Là, le message pouvait amener un peu tout le monde à prendre conscience que payer en dessous de la table, c’est pas juste illégal, c’est mal. Pas de facture, pas d’impôt; pas d’impôt, pas d’argent pour financer la santé, l’éducation, les garderies à 7 $. C’est ça, le contrat de société, et il serait souhaitable que tous le respectent.

Évidemment, qu’on ait payé 4,5 M$ pour ces publicités alors que la grande évasion fiscale, elle, se joue dans les Bahamas et sur les îles Caïmans, c’est gênant. La solution simple imaginée par l’Agence du revenu du Québec pour rétablir l’équilibre entre petits voleurs et bandits de grand chemin? Mener la même campagne auprès des entreprises qui font fructifier leurs avoirs dans les paradis fiscaux.

Mais avoir un compte en Suisse n’est pas aussi simple que payer son beau-frère en petites coupures. Ici, on ne s’adresse pas à ceux qui fraudent un peu sans le savoir, mais à des gens qui sont très conscients de ce qu’ils font, à de vrais hors-la-loi. C’est un peu comme si on disait à des fraudeurs de carte de crédit, à des trafiquants d’organes ou aux membres du cartel de Juárez : «C’est pas cool c’que vous faites.»

Mais le pire, dans tout ça, c’est qu’on leur dit quoi, aux entreprises? Que «le gouvernement va s’en rendre compte». Avec le nombre de vérificateurs fiscaux qui s’attaquent aux grandes entreprises sur le terrain, je suis certaine que ça fait sérieusement réfléchir les détenteurs de comptes au Liechtenstein.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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