«Un média qui devrait déjà exister.» C’est comme ça que se présente Broadly, la nouvelle plateforme de Vice. L’empire médiatique né à Montréal lancera dès lundi sa chaîne entièrement dédiée à du contenu féminin. Une vidéo promotionnelle diffusée cette semaine donne un avant-goût d’un contenu qui promet d’être des plus excitants et, comme toujours, irrévérencieux. «Sexe, politique, culture et sorcellerie»: voilà les mots d’ordre.

Au menu: des femmes reporters qui se salissent les mains dans des endroits dangereux, un village exclusivement féminin au Kenya, des sorcières à New York, une gang de motardes émancipées, des enjeux féministes tels que «pourquoi une célébration du phallus au Japon est considérée tout à fait familiale alors que l’art mettant en vedette le vagin y est interdit», une polémiste républicaine qui croit que les femmes ne devraient pas voter, des jeunes professionnelles qui font congeler leurs ovules, des médicaments nécessaires à l’avortement livrés par drones en Pologne, une entrevue avec Virginie Despentes à Belleville.

Il y a quelque chose d’intéressant qui se passe quand un média établi décide de s’intéresser spécifiquement à l’autre 50% de la population. Soudainement, des angles nouveaux apparaissent. Pourtant, c’est ce que tentent de faire la plupart des médias en développant un contenu dit féminin (lire: maquillage, tendances, beauté, consommation, enfants, etc.) sous prétexte que la femme est responsable de la majorité des achats dans le foyer.

Alors que les médias féminins traditionnels, surtout les magazines, nous ont habitués à un contenu consensuel et gentil qui ne fera pas fuir les annon­ceurs, Broadly prend le pari inverse: déranger pour capter l’attention. On n’aurait pas vu Vice (et son iconoclaste propriétaire Shane Smith) aborder la chose autrement que de manière provocante, mais voilà qui fait du bien.

On ne se fera tout de même pas d’accroires ici: Broadly surfe sur la vague féministe actuelle parce que c’est rentable. Les enjeux féministes suscitent énormément de «conversation», comme on dit dans le jargon éditorial. Et la conversation, elle, génère des clics, donc des revenus. Même chez nous, Châtelaine semble vouloir renouer avec sa vocation féministe.

Quant à cette idée selon laquelle il s’agit d’un média qui aurait dû exister depuis longtemps, on pourrait aussi la prendre à l’envers et considérer que ce genre de média ne devrait plus avoir à exister. Qu’est-ce qui empêche les médias «sexuellement neutres» d’aborder plus d’enjeux féminins ou d’envoyer plus de femmes reporters sur le terrain? D’ailleurs, qu’est-ce qu’un enjeu féminin? En quoi la sorcellerie, la congélation d’ovules et Virginie

Despentes devraient-ils être considérés comme des enjeux seulement intéressants pour les femmes?

Si le contenu de Broadly apparaît si excitant, c’est peut-être parce qu’il y a un vide à combler dans l’offre médiatique pour du contenu qui conçoit les femmes et tout ce qu’elles font de pas propre, de bizarre ou d’effronté comme quelque chose d’intéressant. De révolutionnaire, même.

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