Obama et Lise Thériault

Lorsque la ministre Lise Thériault a commenté, émue, le drame que vivaient les femmes autochtones à Val-d’Or, en octobre dernier, on a dit qu’elle «craquait», qu’elle s’était «effondrée en larmes», qu’elle était «ébranlée» par les témoignages révélés dans l’émission Enquête, et qu’au final ses larmes «n’avaient pas ému l’Assemblée nationale». Le champ lexical utilisé cette semaine pour décrire les larmes d’Obama est bien différent.

Le président américain a «essuyé des larmes» parce qu’il était «ému aux larmes» lorsqu’il a pris des mesures contre les armes. «Des larmes contre les armes», ont titré, originaux, de nombreux médias francophones. Obama n’a pas été dépeint comme dépassé ou victime de ses émotions. Ses larmes à lui incarnent l’action. On dit de lui qu’il est «en croisade» et que l’enjeu est tellement grave que l’homme daigne montrer ses émotions.

Y aurait-il deux poids. deux mesures quand vient le temps pour les personnalités politiques d’afficher leurs émotions? À peine.

Un point qu’ont en commun ces deux démonstrations d’émotion, c’est qu’on a chaque fois émis l’hypothèse qu’il s’agirait d’une mise en scène destinée à berner les électeurs. Dans le cas de Lise Thériault, on a dit qu’elle faisait semblant d’être émue, alors qu’elle savait depuis longtemps que de tels comportements étaient reprochés à la SQ. Quant à Obama, on l’accuse de verser des larmes de crocodile dans le but de faire passer pour nobles des décrets jugés liberticides par la droite américaine. Mais même lorsque ces comportements similaires font l’objet de critiques semblables, l’une [de ces personnes] s’en sort mieux que l’autre. Lise Thériault sera placée en congé de maladie après avoir, affirme-t-on, été «rageuse» et «déchaînée». Tout indique que les larmes, une arme dont les politiciens peuvent faire usage sans grand danger, n’est pas à la disposition des politiciennes.

Certains prétendent que seuls les médias seraient responsables de ce traitement différent accordé aux larmes masculines et féminines, et que ce double standard n’aurait pas d’ancrage dans la population. Mais les médias ne reflètent-ils pas l’air du temps? Les journalistes ne sont-ils pas eux-mêmes le fruit d’une société dans laquelle on a appris aux hommes à cacher leurs émotions, et autorisé les femmes à les manifester, de sorte que lorsque les premiers pleurent, on s’extasie devant leur courage de se montrer si vulnérables, alors que les larmes des secondes ne refléteraient qu’une tare attendue de la gent féminine? Pourtant, une politicienne qui pleure se met visiblement plus en danger que son collègue masculin.

On dit qu’Obama aurait pleuré au moins neuf fois en public au cours de son mandat. Bien sûr, on ne retiendra pas ça de sa présidence. Au pire, on soulignera qu’il a été un président sensible. Pour avoir pleuré une fois devant les caméras, Lise Thériault s’est vue représentée avec des boyaux d’arrosage dans les yeux durant la revue de fin d’année. Pourquoi? Parce que c’est ça, plus que les réactions grossières de la SQ, qui aura retenu l’attention et fait l’objet de dérision. Et comme les journalistes, les auteurs du Bye Bye ne font probablement que refléter l’humeur de la population.

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