Le débat qui a eu lieu dans les derniers jours au sujet du féminisme a culminé avec la participation à l’émission Tout le monde en parle de Geneviève St-Germain et Sophie Durocher. Les noms qu’on utilise pour qualifier ce débat sont parlants : une tempête dans un verre d’eau, une chicane, débat puéril sur la sémantique, etc.

Un collègue a comparé le segment féministe de Tout le monde en parle au Jerry Springer show (une émission mettant en scène des chicanes portant généralement sur des enjeux superficiels et/ou anecdotiques et se terminant à l’occasion dans la violence physique) et un caricaturiste a représenté le féminisme comme un mouvement extrémiste à l’image de Daesh dans lequel Geneviève St-Germain s’apprête à trancher la tête de Sophie Durocher. Tout ça parce que des femmes ont exprimé vivement leur désaccord sur la manière de mener des luttes qui les concernent.

Pourtant, la façon dont nous appréhendons le féminisme et, plus spécifiquement, la façon dont la ministre de la condition féminine le conçoit sont loin d’être anodines. Ces conceptions du féminisme ont des impacts réels sur les conditions de vie des femmes. En débattre est nécessaire, d’autant plus qu’un désaccord existe.

Geneviève St-Germain et Sophie Durocher étaient-elles les meilleures personnes pour incarner ce débat? On aurait en effet pu s’attendre à voir la Ministre sur la sellette défendre sa position, et être confrontée à un discours féministe «professionnel» (ancré dans une institution). On suppose que l’appel a été lancé au bureau de la Ministre et que celle-ci a décliné l’invitation. Quoiqu’il en soit, Geneviève St-Germain et Sophie Durocher reflétaient somme toute assez bien les deux positions qui se sont opposées la semaine dernière au sujet du féminisme.

La première reflétait la voix d’un féminisme en constant questionnement sans que jamais cela ne remette toutefois en question la nécessité d’une lutte pour les droits des femmes. Une lettre ouverte publiée dans les journaux ce matin reflète aussi cette position. Dans Ouvrir la voie au féminisme de demain, des centaines de féministes disent elles aussi ne pas se reconnaître dans le féminisme du Sommet des femmes, qui «éclipse […] les préoccupations de nombreuses femmes qui, en plus du sexisme, vivent des discriminations liées à leur origine, leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, leur couleur de peau ou leurs croyances religieuses».

La seconde reflète une position ambigüe, qui s’est retrouvée dans les discours des ministres Vallée et Thériault, de Marie-France Bazzo et de nombreuses autres femmes. Cette position se dira tantôt «féministe à sa façon», «humaniste plutôt que féministe», «pas féministe non plus». Il y a un malaise. On refuse de s’identifier à une étiquette qui a mauvaise presse (c’est du moins ce qu’on pense!), on associe le féminisme à des choses dont de nombreuses féministes souhaitent se dissocier sans pour autant rejeter le féminisme (le Sommet des femmes, que Sophie Durocher a cité pour discréditer tout le mouvement n’en est un exemple), on appréhende le féminisme comme s’il s’agissait d’un club sélect qui requiert de ses membres une abnégation totale de tout libre arbitre et jugement critique.

Dimanche soir à Tout le monde en parle, Sophie Durocher portait fièrement son chandail «Je parle féministe» et se disait féministe. Elle semblait reconnaître les inégalités de traitement dont les femmes font les frais, notamment le harcèlement en ligne dont elle a été elle-même victime. Par ailleurs, elle citait en exemple des femmes privilégiées qui «se tiennent debout» pour montrer que tout est possible à qui le veut bien, remettait en question la solidarité entre femmes sous prétexte que nous ayons un vagin en commun (mais pas pour les raisons cissexistes que des féministes queer pourraient imaginer!), critiquait le portrait dévastateur que dressait le sommet des femmes quant à la fragilité des acquis du féminisme. Il est embêtant pour moi d’endosser cette forme de féminisme, ou simplement de comprendre le projet qui est proposé.

Sophie Durocher se dit féministe. Je pourrais me dire: «Si c’est ça être féministe, non merci!» Pourtant, je ne me dissocierai pas du féminisme simplement parce qu’elle en incarne une version qui ne me «parle» pas. J’inviterais donc ceux et celles qui sont en faveur de l’égalité entre les sexes, mais qui ne se reconnaissent pas dans le féminisme de Geneviève St-Germain, dans celui de Lise Payette ou dans le mien de faire de même.

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