Je l’aurais retrouvée au milieu d’une foule. Lilia est grande, coiffée d’une chevelure ébouriffante, un large sourire, des yeux rieurs. Elle porte un grand manteau jaune et elle a une façon de s’exprimer unique en son genre: elle a récolté des bouts d’accents dans les pays où elle a vécu. Elle est revenue sur son histoire.

Nous sommes à la fin des années 1990. Elle commence des études en informatique dans son pays natal.

En Algérie, à l’école, il y avait autant de femmes que d’hommes qui apprenaient l’informatique.

À cette époque, «l’informatique, c’était nouveau et cool». Elle est la seule fille d’une fratrie de six enfants et la seule qui décide de travailler dans ce domaine. Ses parents l’encouragent.

Puis, Lilia se retrouve en France, pour y continuer ses études. Plus elle se spécialise, moins elle rencontre de femmes. Si femmes il y a, c’est pour la plupart des immigrées, comme elle.

Malgré tout, Lilia est sûre d’elle. Ça se voit. Même si de son propre aveu, elle a traversé des périodes de doutes. À l’université, ses collègues de classe parlent souvent de leurs travaux extra-scolaires, des défis qu’ils se lancent à eux-mêmes en dehors des devoirs. Quant à Lilia, elle n’a pas le temps de faire ça, pour joindre les deux bouts, elle doit travailler en même temps que ses études. Elle se demande si elle est vraiment faite pour cette carrière. Elle se remet souvent en question.

Son conseil aux autres femmes: ayez confiance
La développeuse fait référence à la statistique suivante: les hommes appliquent sur une job même s’ils ne remplissent que 60% des critères d’embauche, les femmes attendent d’avoir 100% des critères pour appliquer sur le même poste. Déprimant. Au lieu d’être un défaut sur lequel elle travaille, elle voit ça comme une force.

«Je trouve que ce qu’il y a de magnifique à être une femme, c’est qu’on est en perpétuelle remise en question, ce qui nous permet d’être tout le temps bonne et au top de nos compétences, puisqu’on va faire en sorte de ne jamais se reposer sur nos acquis.» -Lilia

Pas de sexisme sur son lieu de travail
«Je ne suis pas une femme développeuse dans un milieu professionnel masculin. Je suis Lilia.» Ses collègues ne l’ont jamais traitée autrement. Elle n’est ni une femme, ni une immigrée, ni une mère, elle est développeuse. «C’est ça qui est merveilleux avec l’industrie dans laquelle je suis: tu es jugée pour la qualité de ton travail et seulement pour ça.»

Lorsqu’elle était étudiante, il y avait souvent un groupe d’hommes postés devant l’école, ils discutaient, rigolaient. Tous les jours, elle devait fendre le groupe pour se rendre à sa salle de classe. Des années après, cette image lui reste. Elle revient plusieurs fois sur cette anecdote qui l’a marquée sans vraiment savoir pourquoi elle lui reste en tête. J’y vois le symbole d’une femme qui doit foncer pour atteindre son objectif.

C’est son caractère qui lui permet de changer de pays deux fois dans sa vie, de persévérer dans un domaine difficile dans lequel on est un perpétuel étudiant. «On ne cesse jamais d’apprendre lorsqu’on est développeur. Si on arrête d’apprendre, alors on se laisse dépasser par de nouveaux langages et de nouvelles techniques.»

Si c’est son physique que j’ai d’abord remarqué, après avoir passé une heure avec Lilia, il est évident que ce qu’on retient, c’est sa personnalité. Elle est généreuse – tutrice pendant ses études, mentor pour les femmes voulant apprendre à coder, enseignante au Cégep –, elle sait s’adapter et s’intégrer. Elle est affirmée.

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