EA Le hasard dicte en partie la progression du joueur dans Star Wars Battlefront 2 (vendu 79,99$ sur PC, PS4 et Xbox One).

Pour les amateurs de jeux vidéo, Star Wars Battlefront 2 est la goutte qui fait déborder le vase.

Peu importe ses qualités (car ce jeu en a), on ne retiendra qu’une chose de Star Wars Battlefront 2: la débâcle qui a entouré son lancement. À qui la faute? Beaucoup à l’éditeur Electronic Arts (EA), mais aussi à l’industrie dans son ensemble, qui tente depuis des années de soutirer le plus d’argent possible aux joueurs les plus dévoués.

Star Wars Battlefront 2 était un titre attendu. Un jeu de tir dans l’univers de la Guerre des étoiles, qui devait corriger les défauts de son prédécesseur et offrir du contenu enrichi, comme des batailles spatiales et une campagne solo (créée à Montréal par le studio Motive).

Malheureusement, ceux qui ont joué à la version bêta du jeu avant son lancement, vendredi dernier, ont été confrontés à une dure réalité: le volet multijoueur de Bat­tlefront 2 (sa raison d’être) comporte un mécanisme absurde pour déverrouiller les héros et les armes: il faut investir des dizaines, voire des centaines d’heures, avant d’obtenir un personnage capable de se battre à armes égales avec ses meilleurs adversaires.
Une situation frustrante qui pouvait être contournée en achetant des boîtes aléatoires (loot box), offrant du contenu comme des accessoires pour des armes et de nouveaux pouvoirs.

Les stratégies employées par EA pour obtenir plus d’argent de ses joueurs ont suscité un tel tollé que l’entreprise a été forcée de revoir de toute urgence le coût de certains personnages et d’annuler temporairement toutes les microtransactions (sous la pression de Disney, dit-on).
Trois tendances de l’industrie critiquées et exacerbées par EA avec Battlefront 2 expliquent la réaction des joueurs.

Payer pour gagner: 
un concept inacceptable
Un joueur ayant un gros compte en banque peut obtenir un meilleur personnage que ses adversaires, surtout pendant les premières dizaines d’heures de jeu (et potentiellement par la suite, lorsque du contenu est ajouté).

La possibilité de payer pour gagner est fréquente dans les jeux mobiles gratuits, mais elle l’est beaucoup moins dans les jeux à grand déploiement qui coûtent déjà 80$.

Oui, le temps réduit ce problème, mais le système de progression est néanmoins optimisé pour encourager les microtransactions, et non pour être le plus amusant possible, ce qui est une aberration en soi.

Des boîtes aléatoires 
qui affectent le jeu
On améliore son personnage dans Battlefront 2 à l’aide de boîtes aléatoires, une stratégie de plus en plus populaire dans l’industrie. Celles-ci ne sont pas forcément mauvaises : Blizzard a par exemple bien intégré le concept dans son jeu Overwatch, où des items cosmétiques sont donnés aux joueurs qui soutiennent le développement du jeu en achetant de telles boîtes. Malheureusement, le contenu des boîtes de Battlefront 2 affecte non pas l’allure des armes, mais leur puissance. Jouer des dizaines d’heures n’est donc pas suffisant pour s’améliorer: il faut en plus être chanceux.

Laisser tomber les jeux solos
Une autre raison peut expliquer le ressentiment des joueurs envers EA. L’éditeur a en effet annoncé il y a quelques semaines l’abandon d’un jeu solo attendu dans l’univers de Star Wars. Un jeu plus près d’un film, comme la série Uncharted, et donc sans boîte aléatoire et sans microtransaction.

Les jeux du genre risquent de se faire de plus en plus rares au cours des prochaines années, au grand dam de nombreux joueurs. Est-ce que Battlefront 2 représentait à leurs yeux cette transformation de l’industrie? Ce n’est pas impossible, et cela expliquerait l’intensité de leur réaction.

De bonnes qualités malgré tout
Que vaut le jeu si on oublie ses défauts? Il est difficile de complètement en faire abstraction, mais admettons qu’EA corrigeais toutes les failles de l’économie de son système, Battlefront 2 pourrait tout de même tirer son épingle du jeu. Je ne suis pas le plus grand amateur des grandes batailles à 40 joueurs, où il est difficile de se créer un sentiment d’appartenance à son équipe et de différencier les différents joueurs ennemis, mais techniquement, le mode est une réussite. Les décors et l’ambiance sonore recréent l’univers Star Wars à merveille, et les différentes cartes permettent d’expérimenter avec différents styles de jeu.

Les batailles spatiales sont quand à elles franchement réussies. Chaque type d’avion semble différent, et plusieurs stratégies peuvent être employées pour arriver à ses fins. Je n’ai jamais autant apprécié un mécanisme de combat aérien que celui de Star Wars Battlefront 2. Malheureusement, on aimerait pouvoir se battre à armes égales, ce qui n’est pas le cas en ce moment à cause de la progression imposée dans le jeu.

Dommage pour Motive
Une chose est certaine, le studio montréalais Motive se serait bien passé de cette controverse. La division d’EA fondée par Jade Raymond a en effet conçu la campagne de Star Wars Battlefront 2, qui nous fait découvrir un nouveau personnage, Iden Versio, et qui fait le pont entre The Return of the Jedi et The Force Awakens.

Les développeurs montréalais qui ont travaillé sur ce mode solo sont ici des victimes collatérales. Car si le système de progression du mode multijoueur de Star Wars Battlefront 2 s’avère frustrant, la campagne est quant à elle plutôt réussie. Motive a réussi à créer un personnage fort et digne d’intérêt, qui pourrait très bien avoir un jour son propre film.

Les seules faiblesses du mode solo sont en fait les passages où on contrôle les héros déjà connus de la franchise, un ajout conçu pour plaire aux amateurs de la série, mais qui nuit à l’histoire.

La campagne solo laisse tout de même présager de bonnes choses pour le prochain jeu du studio, une nouvelle propriété intellectuelle qui ne sera pas tirée vers le bas par des béquilles du genre. Espérons maintenant qu’EA aura appris de ses erreurs d’ici là.

Note : 6,5/10 (joué sur Xbox One et PS4)

Aussi dans Techno :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!