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«Un pas en avant, deux pas en arrière»: c’est sous ce titre que deux chercheurs montréalais et un professeur de Harvard viennent de publier un article dans la prestigieuse revue Nature. Pour apprendre, il faut parfois régresser!

Nathaniel Lasry enseigne la physique au collège depuis 15 ans. Quinze années qu’il a également mises à profit pour comprendre comment ses élèves apprennent. «Jeune enseignant, pour aider mes étudiants à comprendre la physique, je leur faisais des tours de magie en classe. Mon problème était que, même s’ils adoraient mes cours, ils ne comprenaient pas! J’ai donc commencé à m’intéresser à l’apprentissage.»

Parallèlement à ses cours, le coauteur de l’étude, enseignant au Collège John Abbott, décide de se consacrer à un doctorat en psychologie de l’éducation à McGill, puis à un postdoctorat à Harvard. Le résultat de sa recherche, menée avec Eric Mazur et Johnatan Guillemette, professeurs de physique, surprend.

Treize mille étudiants du secondaire à l’université, se sont prêtés au jeu des chercheurs. En début de trimestre, on leur soumet un test portant sur des notions de physique élémentaires. Ce même test leur est proposé en fin de trimestre. «On a découvert que 30% des réponses correctes en début de session ne l’étaient plus à la fin, après que les élèves eurent suivi le cours! On a habituellement tendance à penser qu’on apprend de façon linéaire, alors que c’est plutôt un pas en avant, deux pas en arrière.»

Près de la moitié des idées inexactes en début de trimestre sont corrigées grâce au cours, révèle l’étude. Mais comment expliquer ce recul pour 30% des questions? «Les erreurs peuvent provenir d’une tendance à généraliser, explique le professeur Lasry. Les élèves retiennent un concept appris en cours de trimestre et l’appliquent un peu comme une recette.» L’acquisition du savoir scientifique passerait donc par ce type de détour, les étudiants revenant par la suite à un raisonnement approprié.

Dans nos salles de classe, une telle étude pourrait contribuer à revoir la façon traditionnelle d’enseigner les sciences (et, pourquoi pas, d’autres disciplines), croit Nathaniel Lasry. Mieux comprendre le processus d’apprentissage permet d’adapter les outils de transmission du savoir.

Nathaniel Lasry espère que cette étude apportera aussi une pierre à l’édifice de la recherche sur l’enseignement des sciences. «J’attends de mes élèves qu’ils soient curieux et cherchent à comprendre. Je serais injuste si je ne faisais pas ça moi-même!»

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