Métro «Penser que travailler de longues heures mène automatiquement à des résultats, c’est faux», affirme Jacques Forest, chercheur et professeur au Département d’organisation et ressources humaines de l’UQAM.

Les Québécois travaillent de moins en moins. Loin d’annoncer la ruine de notre société, cette diminution, qui est en marche dans presque toutes les économies développées, ne devrait pas inquiéter outre mesure. Voici pourquoi.

En 2014, chaque employé québécois a travaillé en moyenne 1 640 heures, selon les données de Statistique Canada. C’est 150 de moins qu’en 1999. C’est également 64 heures de moins que la moyenne canadienne, et 169 heures en deçà des heures travaillées par les Américains, selon les données de l’OCDE.

Le Québec n’a cependant rien d’exceptionnel lorsqu’on le compare à l’ensemble des pays industrialisés. Les Suisses travaillent en moyenne 1 568 heures par années, les Néerlandais, 1 425, et les Allemands, 1 371.

Même s’il a un impact indéniable, il serait mal avisé de voir le nombre d’heures travaillées comme l’élément central de la croissance économique à long terme, prévient le directeur adjoint du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal, Jonathan Deslauriers. «À long terme, le vrai déterminant de la croissance de l’économie, c’est la productivité du travail», rappelle-t-il.

Il existe en effet des limites structurelles au nombre d’heures qu’on peut travailler, alors que la productivité de chacune de ces heures est en théorie sans limite.

L’éducation, la recherche, les nouvelles technologies et une meilleure organisation du travail ont permis au fil du temps d’accroître le niveau de vie, même si le nombre d’heures travaillées est en baisse depuis plusieurs décennies.

En analysant les données de l’OCDE compilées depuis les 25 dernières années, on constate que la productivité a d’ailleurs augmenté à mesure que le nombre annuel d’heures de travail diminuait.

Et sur bien des plans, le Québec n’a rien à envier aux pays les plus «travaillants» que sont la Grèce, le Chili ou le Mexique, qui se trouvent tous dans le top 5 des endroits où l’on passe le plus de temps au boulot.

Il faut aussi tenir compte du lien entre le nombre d’heures de travail et le taux d’emploi, selon Jonathan Deslauriers. «Il y a un effet d’arbitrage entre les deux, explique-t-il. La proportion des gens qui travaillent ou cherchent un emploi est plus élevée aujourd’hui. Si tout le monde se mettait à travailler plus d’heures, cela pourrait avoir un impact à la baisse sur le taux d’emploi.»

La productivité psychologique
La diminution du nombre d’heures de travail a plusieurs causes, comme l’introduction de nouvelles technologies et une importance plus grande accordée à la conciliation travail-famille. Travailler moins est aussi un choix conscient et rationnel que font de plus en plus d’employés et d’organisations. «Penser que faire de longues heures mène automatiquement à des résultats, c’est faux», affirme Jacques Forest, chercheur et professeur au Département d’organisation et ressources humaines de l’Université du Québec à Montréal. De plus en plus d’employeurs mettent l’accent sur les résultats plutôt que sur les heures passées au bureau.»

Si travailler plus d’heures peut en théorie avoir un impact à court terme sur la croissance de l’économie, cette solution est loin de représenter un remède miracle. La recherche et le développement ainsi qu’une main-d’œuvre mieux formée auront un impact plus positif que le fait de s’attarder au bureau.

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